Croissance de l’emploi
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(Uniquement disponible en anglais.)
Messages clés
- La Saskatchewan, l’Alberta, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario décrochent un « A+ », avec une croissance de l’emploi supérieure à celle des pays les plus performants à cet égard en 2013.
- Le rang élevé du Canada en ce qui a trait à l’indicateur de la croissance de l’emploi vient en partie du fait que le pays est sorti de la récession de 2008-2009 avec une perte relativement minime d’emplois.
- Afin de maintenir une forte croissance de l’emploi, les provinces des Prairies doivent surmonter d’importants obstacles liés à l’offre qui affectent la production.
Quel est le contexte de la croissance de l’emploi
Les pays développés affichent une faible croissance de l’emploi depuis la fin de la récession de 2008-2009. L’histoire nous apprend que la reprise économique met plus de temps à s’amorcer après une crise financière qu’après d’autres types de crise (p. ex. une crise budgétaire ou un choc pétrolier), parce que les banques prêtent moins afin d’essayer de redresser leur bilan. Parallèlement, les ménages reportent leurs dépenses pour réduire leur endettement, tandis que les gouvernements restreignent les leurs afin de résorber le déficit financier qui s’est creusé sous l’effet des stimulants financiers mis en œuvre pour relancer l’activité économique pendant la récession.
Quels sont les meilleurs élèves?
La Saskatchewan, l’Alberta, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario arrivent en tête du classement, avec une note « A+ » et une croissance de l’emploi supérieure à celle des pays les plus performants en 2013. Certes, cette position reflète la vigueur relative de l’économie canadienne par rapport à celle des autres pays développés, mais elle met aussi en exergue la médiocre performance de ces économies. Avec 1,3 % en 2013, la croissance générale de l’emploi au Canada est modeste si l’on se réfère aux normes historiques, mais elle permet au pays de récolter un « A » et de se classer parmi les pays les plus performants, en raison de la persistance des difficultés économiques en Europe et de la faiblesse de la reprise aux États-Unis.
Le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador figurent eux aussi dans le haut du classement en ce qui a trait à la croissance de l’emploi, avec une note de « A ». À l’instar de ce qui se passe en Saskatchewan et en Alberta, l’économie de Terre-Neuve-et-Labrador est stimulée par la forte demande en matière de ressources naturelles.
L’Australie reçoit un « A » car son économie a profité des prix élevés des produits de base et de ses étroites relations commerciales avec l’économie chinoise. La position de l’Irlande est quelque peu trompeuse, car elle s’explique par la création d’emplois suscitée par la reprise de l’activité économique qui se produit généralement après une forte récession. Si l’Irlande, à l’instar de la plupart des pays de la zone euro, a subi un ralentissement économique aux effets dévastateurs dû à l’éclatement de la bulle immobilière, sa reprise se fait plus rapidement que chez d’autres membres en difficulté de l’Union européenne, comme l’Espagne, la France et la Grèce. Par conséquent, son marché du travail se redresse plus vite et génère une croissance positive, tout au contraire de la France, par exemple, qui reçoit un « D » pour 2013.
Le seul autre pays de la zone euro à s’en sortir relativement bien pour cet indicateur est l’Allemagne, qui reçoit un « B ». L’économie allemande reste la plus forte d’Europe centrale grâce aux réformes du marché du travail que le gouvernement a mises en œuvre il y a dix ans, comprenant un durcissement des conditions d’admissibilité aux prestations d’assurance-emploi. Ces réformes lui ont permis de continuer à créer de l’emploi, même au plus fort de la récession mondiale.
Quelles provinces sont en retrait par rapport aux pays comparables?
Le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique reçoivent un « C » et la Nouvelle-Écosse un « D » pour la croissance de l’emploi en 2013. Ces provinces ont le triste honneur d’être dans le même groupe que certains des pays en difficulté de la zone euro.
L’ampleur des dommages subis par la zone euro se reflète dans le classement de ses pays. Ainsi, les pays qui reçoivent la note « C » ou « D » se trouvent tous sur le continent européen, qui s’est embourbé dans une grave récession résultant du durcissement des mesures d’austérité prises pour juguler les déficits. Même la Finlande, pays de la zone euro à l’économie plutôt solide, n’a pas échappé aux effets de la grave récession qui a frappé l’Europe : elle reçoit un « D » pour la croissance de l’emploi en 2013.
Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autres?
En plus de classer les provinces par rapport à des pays comparables au Canada, nous les avons comparées entre elles et réparties selon trois catégories : « supérieure à la moyenne », « dans la moyenne » et « inférieure à la moyenne »1. Les provinces qui se sont classées au-dessus de la moyenne, à savoir la Saskatchewan et l’Alberta, ont enregistré une croissance de l’emploi de 3 % ou plus en 2013, soit un taux largement supérieur à la moyenne nationale de 1,3 %. Les bénéfices des exportations de ressources, en particulier l’énergie, ont entraîné dans ces provinces une hausse des revenus et des dépenses de consommation. Ces dépenses ont également stimulé le secteur des services et l’activité immobilière.
À l’autre bout du classement, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse ont affiché une croissance de l’emploi inférieure à la moyenne en 2013. L’économie de la Nouvelle-Écosse a peiné à générer une forte croissance ces trois dernières années, et le marché du travail ne s’est pas beaucoup développé. La lenteur du redressement de l’économie américaine a porté préjudice à l’économie néo-écossaise en restreignant la demande à l’exportation. De plus, la faiblesse des industries de production de biens a entravé la croissance économique générale malgré une amélioration de la performance dans le secteur des services2.
Il existe quelques exceptions notables à la tendance générale voulant que les provinces les plus performantes aient une économie qui repose sur le secteur des ressources naturelles. Les quelque 1,5 % de croissance de l’emploi affichés par l’Ontario pour 2013 sont en partie dus à un « rattrapage » après la chute de l’emploi de 2,5 % enregistrée en 2009, au pic de la récession – et qui a été l’une des plus fortes du pays – mais aussi à la solidité du secteur des services. À court terme, les plus fortes hausses de l’emploi en Ontario se feront dans les services aux entreprises commerciales.
Pour en savoir plus sur la conjoncture en Ontario, veuillez consulter la note de conjoncture provinciale du Signal49 Research du Canada.
Pourquoi la Colombie-Britannique affiche-t-elle une note inférieure à celle des provinces des Prairies?
Le « C » attribué à la Colombie-Britannique pour 2013 contraste fortement avec le « A+ » de la Saskatchewan et de l’Alberta. En fait, l’emploi en Colombie-Britannique a baissé de 0,2 % en 2013. Cette province (comme la Saskatchewan et l’Alberta) possède certes d’abondantes ressources naturelles, mais la nature de ces ressources diffère de celles des deux provinces des Prairies. En effet, la Colombie-Britannique dépend beaucoup plus des exportations de bois d’œuvre, qui ont été limitées par la stagnation du marché du logement des États-Unis ces dernières années. De même, la construction résidentielle a pâti du recul de l’activité après une très forte croissance au cours de ces dernières années. L’an dernier, le nombre de mises en chantier à Vancouver a diminué d’environ 10 %. La croissance de l’emploi devrait revenir à un niveau plus normal grâce à la hausse de la demande des États-Unis pour le bois d’œuvre.
Pourquoi la note de l’Île-du-Prince-Édouard est-elle si élevée?
Grâce à la hausse de l’emploi de 1,8 % en 2013, l’Île-du-Prince-Édouard a reçu un « A+ », se plaçant dans la même catégorie que les deux provinces les plus performantes du pays à cet égard, à savoir l’Alberta et la Saskatchewan. L’Île-du-Prince-Édouard a profité d’une forte croissance du secteur du commerce de gros, alors que le rythme relativement rapide de la croissance démographique stimulait la demande pour les services de santé et d’aide sociale, entraînant ainsi des gains dans ce même secteur. Le marché de l’emploi de la province a également tiré parti des investissements dans l’énergie éolienne. Il est important de noter qu’étant donné la petite taille de son marché de l’emploi, la moindre amélioration de l’emploi dans un secteur de l’économie peut avoir des effets importants sur la croissance générale de l’emploi de l’Île-du-Prince-Édouard.
La Saskatchewan et l’Alberta pourront-elles conserver leur élan?
À court terme, la croissance de l’emploi dans les provinces des Prairies devrait poursuivre sur la même lancée, c’est-à-dire rester supérieure à celle de la plupart des provinces. Bien que la demande chinoise se soit quelque peu tassée et que les prix mondiaux des produits de base aient diminué ces dernières années, ceux-ci se demeurent suffisamment élevés pour que la Saskatchewan et l’Alberta continuent à tirer parti de la demande et à vendre leurs ressources à un prix relativement avantageux. Cependant, il est peu probable que l’emploi continue à augmenter à des taux aussi élevés que 3 ou 4 % au cours de l’année à venir. De leur côté, l’Ontario et le Québec devraient connaître une plus forte croissance de l’emploi, car les fabricants profiteront de la faiblesse du dollar canadien et de la hausse de la demande de leur principal marché, les États-Unis.
La Saskatchewan et l’Alberta ne pourront probablement pas garder leur excellent « A+ » dans l’avenir. En effet, les perspectives d’emploi dans la zone euro vont s’améliorer au cours des prochaines années, à mesure que les effets de la récession de 2008-2009 continueront à se dissiper. Ces deux provinces afficheront encore des résultats supérieurs à la moyenne, mais l’écart entre la croissance de l’emploi dans la plupart des pays européens et dans les provinces de l’Ouest canadien va probablement se réduire.
La croissance de l’emploi et le taux de chômage sont-ils liés?
L’évolution de l’emploi et du taux de chômage sont en général étroitement liés, en ce sens qu’une hausse (ou une baisse) de l’emploi s’accompagne d’une diminution (ou d’une augmentation) du taux de chômage. Cependant, en raison de la méthode utilisée pour calculer le taux de chômage, il est possible que les deux mesures divergent parfois. C’est ce qui s’est passé pour l’Île-du-Prince-Édouard, où la croissance de l’emploi a augmenté, passant de 1,1 % en 2012 à 1,8 % en 2013 tandis que, parallèlement, le taux de chômage a lui aussi augmenté, pour passer de 11,3 % en 2012 à 11,5 % en 2013. Une économie qui offre de meilleures perspectives d’emploi peut inciter des travailleurs auparavant découragés à revenir dans la population active dans l’espoir de trouver un emploi. Un accroissement de la population active peut exercer une pression à la hausse sur le taux de chômage, même si l’économie crée de nouveaux emplois.
L’incidence d’une rapide expansion ou contraction de la population active se voit facilement quand on observe l’évolution du taux de chômage aux États-Unis au cours des deux dernières années. Si celui-ci a nettement reculé depuis la fin de la récession de 2008-2009 (passant d’environ 10 % en 2010 à 7 %), une partie de ce recul peut s’expliquer par la diminution de la population active due aux travailleurs découragés qui ont cessé de chercher un emploi.
Quels sont les résultats des territoires en matière de croissance de l’emploi?
Pour 2013, le Yukon et le Nunavut reçoivent un « A+ », avec une croissance de l’emploi supérieure à celle des pays les plus performants dans ce domaine. En effet, l’emploi a connu une croissance de 6,9 % dans le Nunavut, un rebond par rapport à la croissance presque nulle de l’année précédente. En ce qui concerne le Yukon, même s’il a affiché un taux plus modeste de 2,1 %, son classement est supérieur à celui des pays comparables au Canada. Les Territoires du Nord-Ouest n’obtiennent qu’un « C », l’emploi s’étant légèrement contracté en 2013.
Le marché du travail dans les territoires devrait afficher de bons résultats au cours des prochaines années, grâce à l’exploitation de nouvelles mines et à une forte activité dans la construction.
Nous n’incluons pas les territoires dans nos calculs aux fins des comparaisons provinciales et internationales, car les données ne sont pas disponibles pour de nombreux indicateurs faisant partie des six catégories principales du bilan comparatif. Cependant, Signal49 Recherche entend inclure les territoires dans son champ d’analyse et réalise des bilans comparatifs distincts pour les territoires quand les données sont disponibles, comme pour la croissance de l’emploi.
Signal49 Recherche publie deux fois par an un rapport intitulé Territorial Outlook dans lequel il examine la conjoncture économique et financière de chaque territoire, notamment les résultats par industrie, la situation du marché du travail et la composition démographique. Le Territorial Outlook est disponible en ligne à e-Library et, pour nos clients abonnés, à e-Data.
Le Centre pour le Nord, créé en 2009 par Signal49 Recherche, mène également des recherches sur des questions concernant les territoires.
Quels facteurs pourraient influencer la future croissance de l’emploi au Canada?
Outre le vieillissement de la population et la nécessité d’améliorer les normes d’éducation au Canada, d’importants facteurs liés à l’offre pourraient peser sur la production et l’emploi dans le secteur des ressources naturelles, en particulier à moyen et à long terme.
Le manque de capacité en matière d’oléoducs en Amérique du Nord a fait passer le prix du pétrole brut canadien en dessous du prix de référence du West Texas Intermediate affiché à Cushing (Oklahoma). En outre, compte tenu des enjeux politiques entourant les projets des futurs oléoducs, on comprend que les exploitants de sables bitumineux soient quelque peu réticents à lancer de nouveaux projets qui s’étendront sur plusieurs années et coûteront quelques milliards de dollars. Même si d’après les plus récentes perspectives à long terme établies par Signal49 Recherche, suffisamment d’oléoducs seront construits pour répondre à la forte augmentation attendue de production de sables bitumineux, aucune garantie n’existe à cet égard. La construction de l’oléoduc Keystone pour acheminer le pétrole brut de l’Alberta aux raffineries du sud-est des États-Unis ne dépend plus du Canada étant donné que l’industrie albertaine du pétrole attend impatiemment la décision du président Obama sur ce sujet essentiel. De même, la décision de construire un oléoduc entre le nord de l’Alberta et la côte ouest du Canada pour expédier le pétrole vers l’Asie se retrouve mêlée à des conflits concernant des revendications territoriales des Premières Nations ainsi que des enjeux environnementaux. Certes, aucun grand projet n’a été annulé en raison des problèmes liés aux oléoducs, mais dans la situation actuelle, les risques à la baisse en matière d’emploi en Alberta et en Saskatchewan demeurent clairement prépondérants.
Le secteur de l’énergie n’est pas le seul à rencontrer des problèmes liés à l’offre risquant de compromettre l’avenir de la production et de l’emploi. L’industrie du bois d’œuvre en Colombie-Britannique ne possède pas assez de wagons ferroviaires pour transporter les produits du bois vers les États-Unis. Comme le chemin de fer est le principal moyen d’acheminer les produits du bois vers le marché des États-Unis, certains producteurs ont perdu des ventes ou ont même dû ralentir la production et la création d’emplois. L’industrie se heurte également à une pénurie de main-d’œuvre, qui pourrait nuire à son activité. Bon nombre des travailleurs licenciés pendant la longue période de faiblesse ayant coïncidé avec l’effondrement du marché immobilier aux États-Unis ont depuis retrouvé un emploi dans un autre secteur.
L’industrie minière canadienne rencontre elle aussi des problèmes liés à l’offre qui affectent la production et l’emploi. Le Canada possède quelques-uns des sites les plus attrayants au monde pour l’exploration minérale et les investissements miniers, mais quiconque souhaite exploiter des mines se heurte à des difficultés. Les procédures d’évaluation environnementale exigent beaucoup de temps et de renseignements. La plupart des ressources inexploitées du Canada se trouvent dans les régions isolées du Nord, où les infrastructures et la main-d’œuvre sont peu nombreuses, voire inexistantes. Enfin, dans d’autres parties du monde, des mines plus rentables continuent à concurrencer cette industrie.
Notes de bas de page
1 Pour comparer les provinces canadiennes les unes par rapport aux autres, nous avons d’abord déterminé leur note moyenne et l’écart type des valeurs provinciales. L’écart type est la mesure de la variabilité qui existe à l’intérieur d’un ensemble de résultats. Si les résultats sont normalement répartis (c’est-à-dire que leur dispersion ne penche pas lourdement d’un côté ou de l’autre ou qu’elle ne comporte pas d’aberrations importantes), environ 68 % des résultats se trouveront à un écart type au-dessus ou en dessous de la moyenne. Toute province qui se situe à un écart type au-dessus de la moyenne est dite « supérieure à la moyenne ». Les provinces qui se situent un écart type en dessous de la moyenne sont dites « inférieures à la moyenne ». Les autres provinces ont un rendement qui les situe « dans la moyenne ».
2 Signal49 Recherche, Provincial Outlook Economic Forecast for Ontario: Autumn 2013, Ottawa, Signal49 Recherche, janvier 2014, p. 14-15.
