Inflation

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(Uniquement disponible en anglais.)

Messages clés

  • En 2013, presque toutes les provinces obtiennent un « A » ou un « B » au chapitre de l’inflation.
  • La Colombie-Britannique, où les prix à la consommation ont baissé de 0,1 % en 2013, est la seule à recevoir un « C ».
  • La dépréciation du huard n’alimentera pas l’inflation au Canada au cours des 12 ou 24 prochains mois.

L’inflation mise en contexte

À la fin des années 1970 et durant les années 1980, l’inflation sévissait dans de nombreux pays industrialisés, dont le Canada, où elle a atteint un sommet de 12,5 % en 1981. Deux chocs pétroliers et l’adoption de politiques macroéconomiques accommodantes sont les deux principaux facteurs à l’origine de cette période inflationniste. Cependant, depuis 1992, année où la Banque du Canada a fixé une cible d’inflation, l’inflation au Canada s’est généralement maintenue sous la barre des 3 %. 

Pour calculer l’inflation, on suit les variations du coût d’un panier de produits et de services utilisés par un consommateur type. Par exemple, si le taux d’inflation dans une région donnée était de 2,52 % en 2013, un panier de produits qui coûtait 100 $ en 2012 coûterait 102,52 $ en 2013. Au bout du compte, l’inflation érode le pouvoir d’achat des consommateurs, en ceci qu’elle réduit la quantité de produits pouvant être achetés moyennant une somme d’argent donnée.

L’hyperinflation – ou inflation « incontrôlée » – peut entraîner l’effondrement du système monétaire d’un pays et créer un climat d’agitation sociale et politique. Le Canada, heureusement, n’a jamais connu de période d’hyperinflation, généralement associée aux pays en développement d’Amérique latine. À l’heure actuelle, l’Argentine et le Venezuela affichent des taux d’inflation en progression vers ce qu’on pourrait appeler des taux d’hyperinflation.

La déflation, c.-à-d. la baisse continue des prix d’un vaste éventail de produits et de services, compromet aussi la sécurité économique. Elle survient habituellement en période de récession et nuit à la consommation, à la production et à l’emploi.

Comment notons-nous les résultats en matière d’inflation?

Nous accordons un « A » lorsque l’inflation se situe dans la fourchette cible de maîtrise de l’inflation établie par la Banque du Canada, soit entre 1 et 3 %, et une note inférieure lorsqu’elle sort de cette fourchette (évoluant au-dessus ou en dessous). Plus le taux s’éloigne de la fourchette, plus la note est basse.

Les pays ou les provinces dont le taux d’inflation se situe entre 0 et 1 % ou entre 3 et 4 % obtiennent un « B ». Nous estimons qu’une inflation entre 0 et 1 % signale une « zone de danger », car elle peut signifier que le pays ou la province plonge vers la déflation. Par contre, si ce taux entre 0 et 1 % est dû à l’appréciation de la devise ou à une croissance vigoureuse de la productivité, le pays ou la province en question mérite un « A ».

La note « C » est de mise lorsque l’inflation s’établit entre 0 et -2 % (c.-à-d. qu’il y a déflation) ou entre 4 et 6 %. La plus faible note, « D », signifie que l’inflation dépasse 6 % ou que les prix ont reculé de plus de 2 %, signe d’une forte déflation.

Comment s’en tirent les provinces au chapitre de l’inflation?

Les provinces canadiennes, à l’exception de la Colombie-Britannique, reçoivent un « A » ou un « B » pour leur taux d’inflation respectif en 2013. L’an dernier, l’inflation dans ces provinces allait de 0,7 %, au Québec, à 2,2 %, au Manitoba.

Les notes des provinces en matière d’inflation correspondent à celles des pays de comparaison compris dans notre bilan comparatif intitulé Les performances du Canada. Dans l’ensemble, le Canada obtient un « B » puisque son taux d’inflation de 0,9 % enregistré en 2013 était inférieur à la fourchette cible de 1 à 3 % fixée par la Banque du Canada. Certains observateurs craignent que des forces déflationnistes s’exercent déjà sur l’économie canadienne. D’autres pays comme la France, le Danemark et la Suède ont aussi récolté un « B » en raison de la faiblesse de leur taux d’inflation, attribuable en partie aux pressions à la baisse sur les prix engendrées par une croissance économique anémique. L’Irlande, en particulier, fait face à des pressions déflationnistes depuis un certain temps.

Les écarts entre les provinces peuvent s’expliquer par un changement général de la taxation sur les produits ou l’existence de taxes distinctes sur certains produits comme l’essence, l’alcool ou les cigarettes. En outre, une montée subite de la croissance économique peut faire grimper l’inflation dans certaines provinces, la hausse de la demande faisant augmenter les salaires et les prix. Au milieu des années 2000, l’Alberta, portée par une économie en plein essor stimulée par la mise en valeur des sables bitumineux, affichait un taux d’inflation supérieur à la moyenne nationale. Toutefois, l’inflation y a par la suite retrouvé des valeurs plus proches de celles des autres provinces.

Pourquoi les résultats de la C.-B. en 2013 lui confèrent-ils un « C »?

La note « C » récoltée par la Colombie-Britannique au chapitre de l’inflation est la conséquence d’une chute de 0,1 % de l’ensemble des prix à la consommation observée l’an dernier. Cependant, ce léger recul des prix ne signifie pas que la province est sur le point de plonger dans une spirale déflationniste. Il reflète plutôt l’élimination de la taxe de vente harmonisée (TVH) dans cette province en 2013. La C.-B. avait instauré la TVH en 2010, provoquant ainsi une hausse des taxes sur des produits et des services auparavant exonérés de la TPS nationale comme les repas au restaurant et les billets d’avion. Mais en 2011, les résidents de la province ont voté en faveur de la suppression de la nouvelle taxe et du retour à l’ancienne taxe provinciale. La TVH y a été officiellement éliminée en 2013. Par conséquent, les taxes ayant cessé d’être appliquées aux services comme les repas au restaurant et les billets d’avion, les prix de certains de ces services ont diminué. En 2014, l’inflation en C.-B. devrait retourner à des niveaux plus normaux.

Quel rang occupent les territoires en matière d’inflation?

Les territoires ont tous reçu en 2013 la note « A » pour leurs taux d’inflation, qui se situent à l’intérieur de la fourchette cible de 1 à 3 % établie par la Banque du Canada.

Nous n’incluons pas les territoires dans nos calculs aux fins des comparaisons provinciales et internationales, car les données ne sont pas disponibles pour de nombreux indicateurs faisant partie des six catégories principales du bilan comparatif. Cependant, Signal49 Recherche entend inclure les territoires dans son champ d’analyse et réalise des bilans comparatifs distincts pour les territoires quand les données sont disponibles, comme pour l’inflation.

Signal49 Recherche publie deux fois par an un rapport intitulé Territorial Outlook dans lequel il examine la conjoncture économique et financière de chaque territoire, notamment les résultats par industrie, la situation du marché du travail et la composition démographique. Le Territorial Outlook est disponible en ligne à e-Library et, pour nos clients abonnés, à e-Data.

Le Centre pour le Nord, créé en 2009 par Signal49 Recherche, mène également des recherches sur des questions concernant les territoires.

Pourquoi l’inflation n’est-elle pas souhaitable?

Un taux d’inflation élevé est la manifestation d’une économie volatile, où la monnaie ne conserve pas sa valeur pendant longtemps. Les travailleurs, forcés d’assumer des coûts croissants, cherchent à obtenir de meilleurs salaires et n’ont pas tendance à économiser, puisqu’on prévoit que le coût des produits et des services grimpera encore. De leur côté, les producteurs sont susceptibles d’augmenter les prix de vente pour couvrir l’augmentation des coûts, et de réduire leur production afin de limiter leurs coûts (entraînant ainsi des mises à pied).

Les citoyens ayant un revenu fixe – comme bon nombre de retraités – sont particulièrement éprouvés par une inflation élevée. S’il est vrai que les riches arrivent habituellement à se prémunir contre l’inflation en investissant dans des actifs dont la valeur augmente en période d’inflation comme des actions, des obligations ou des biens immobiliers, les personnes à revenu fixe, par contre, voient la valeur de leur revenu s’effriter. Par exemple, si le taux d’inflation atteint 6 %, il est peu probable qu’en échange le revenu fixe qu’une personne tire de sa rente se bonifie de 6 %; cette personne perd donc une partie de son pouvoir d’achat. Cette situation contribue à accroître l’inégalité des revenus ou à élargir le fossé entre les nantis et les démunis.

Si la déflation réduit le prix des produits, pourquoi n’est-ce pas une bonne chose?

Les baisses de prix engendrées par une hausse de la productivité ou de nouvelles sources d’approvisionnement peuvent être bénéfiques. Mais la déflation est un phénomène complètement différent, qui porte généralement préjudice à l’économie. On parle de déflation lorsque les prix d’un vaste éventail de produits et de services chutent de façon simultanée et constante. Dans tout pays, on observera toujours une baisse de prix pour certains produits ou services comme les ordinateurs ou les téléphones cellulaires. Mais la déflation provoque la hausse des taux d’intérêt réels (rajustés pour tenir compte de l’évolution des prix). Les consommateurs retardent l’achat de produits et de services en misant sur le fait qu’ils coûteront moins cher plus tard. Lorsque la déflation fait rage, les entreprises ne peuvent plus compter sur une augmentation des ventes de produits et de services, si bien qu’elles procèdent à des coupes dans la production et les effectifs. Cela affaiblit encore plus la demande pour les produits et entraîne, du même coup, un recul des prix.

L’expérience passée montre qu’une fois que la déflation s’est installée, il est extrêmement difficile d’y mettre fin, comme l’a constaté le Japon. Ce pays, où les épisodes de déflation se succèdent depuis le début des années 1990, ne sait toujours pas comment régler le problème. Heureusement, l’adoption d’une forte dose de mesures de stimulation monétaire par la Banque du Japon, en avril 2013, a fait diminuer la valeur du yen. En outre, il se peut que le Japon enregistre une modeste augmentation des prix à la consommation au cours des 12 à 24 prochains mois.

La précarité qui frappe la zone euro fait craindre la déflation, car on prévoit une hausse des prix à la consommation d’environ 1 % seulement en 2014. Il se pourrait que la zone euro doive adopter une politique monétaire d’assouplissement quantitatif à l’américaine, afin de stimuler son économie et d’exercer ainsi des pressions à la hausse sur les prix à la consommation.

Pourquoi l’assouplissement quantitatif n’a-t-il pas causé un regain d’inflation?

Dans le cadre d’une politique d’assouplissement quantitatif (AQ), la banque centrale achète des titres de créances obligataires (en général des obligations de l’État) afin d’accroître les réserves des banques commerciales. Elle espère ce faisant qu’à leur tour, les banques prêteront cet argent supplémentaire aux emprunteurs, stimulant ainsi la demande dans l’économie. L’achat d’obligations de l’État et d’autres titres obligataires par les banques centrales a aussi pour effet d’exercer des pressions à la baisse sur les taux d’intérêt à long terme.

Lorsque la Réserve fédérale américaine a entamé son programme d’AQ après la récession de 2008-2009, de nombreux observateurs prédisaient une montée de l’inflation en raison de l’afflux de mesures de stimulation monétaire. Le prix de l’or, qui dépassait les 1 800 $ US l’once en 2011, reflétait alors les craintes d’une relance de l’inflation. Toutefois, cette dernière est demeurée négligeable, malgré le surcroît de mesures de stimulation monétaire, puisque de nombreuses banques n’ont pas prêté les fonds supplémentaires qu’avait injectés la Réserve fédérale dans leurs réserves. Par conséquent, la stimulation attendue de l’économie ne s’est pas matérialisée, pas plus que les pressions à la hausse sur les prix qui devaient s’ensuivre. L’absence d’inflation est à l’origine de l’effondrement du prix de l’or en 2013.

Jusqu’à présent, la Banque du Canada ne s’est pas engagée dans l’AQ essentiellement parce que l’économie – surtout le marché du logement – est sortie de la récession en assez bonne position. Mais le Canada ne peut pas écarter complètement la possibilité de recourir à l’AQ si l’économie commence à se diriger vers la déflation. Cependant, dans ses prévisions de base, Signal49 Recherche n’envisage pas un tel scénario au cours des 12 à 24 prochains mois.

La Banque du Canada devrait-elle modifier sa cible d’inflation?

Le faible taux d’inflation au Canada, aux É.-U. et dans la zone euro a incité certains économistes, dont le réputé Paul Krugman, à presser les banques centrales d’accroître leurs cibles d’inflation pour empêcher la déflation de s’installer. Une cible plus élevée, à 4 % par exemple, pourrait modifier les attentes concernant l’inflation, ce qui finirait par se répercuter sur les salaires et d’autres prix. Toutefois, les banques centrales des pays développés, qui se sont battues bec et ongles dans les années 1980 pour atténuer ces anticipations inflationnistes, ne souhaitent pas voir leurs gains s’évaporer. L’inflation a généralement été bien maîtrisée au Canada et dans d’autres pays développés au cours des 20 dernières années, et il serait risqué de saper la crédibilité que les banques centrales ont si durement acquise en réussissant à juguler l’inflation.

La dégringolade du huard mènera-t-elle à une montée en flèche de l’inflation?

Selon les estimations du Signal49 Research, une dépréciation de 10 % du huard ferait augmenter les prix à la consommation d’environ 1 % (d’après le modèle de prévision à moyen terme du Signal49 Research). Étant donné que l’inflation au Canada s’établit actuellement tout juste au-dessus de 1 %, la chute du huard dans la fourchette des 0,90 $ US pourrait entraîner un léger accroissement de l’inflation dû à la hausse des prix des importations. L’augmentation des prix à la consommation demeurerait tout de même dans la fourchette cible de 1 à 3 % fixée par la Banque du Canada. En fait, l’incidence de la dépréciation du huard pourrait être plus modeste compte tenu de la vive compétitivité du secteur canadien du commerce de détail. Les importateurs pourraient ne pas être en mesure de faire porter aux consommateurs le fardeau d’une éventuelle hausse des coûts attribuable à un dollar affaibli.

Bien entendu, si le huard dégringole jusqu’à la barre des 0,70 $ US, comme ce fut le cas au début des années 2000, l’inflation à facteurs externes dominants pourrait constituer un sérieux casse-tête pour les autorités monétaires. Toutefois, Signal49 Recherche ne s’attend pas à ce que le dollar canadien se déprécie à ce point. Il est plus probable qu’il commence à s’apprécier au cours de la prochaine année, à mesure que l’économie mondiale se renforcera.