Indice de rendement de l’IDE de création sortant
Consultez notre dernier rapport sur l’économie.
(Uniquement disponible en anglais.)
Messages clés
- La Colombie-Britannique, la province qui affiche la meilleure performance à ce chapitre, obtient un « A » pour l’indice de rendement de l’IDE de création sortant.
- La plupart des autres provinces obtiennent un « D » avec des indices de rendement inférieurs au pays comparé le moins performant à cet égard, les États-Unis.
- La note « C » de l’Ontario peut s’expliquer par la tendance à la baisse de l’IDE à l’étranger provenant du secteur manufacturier du Canada, et par le déclin ou la perte d’entreprises de haute technologie notables.
Qu’est-ce que l’IDE?
Le Fonds monétaire international définit l’investissement direct étranger (IDE) comme un investissement qui permet à un investisseur d’avoir voix au chapitre dans la gestion d’une entreprise située à l’extérieur du pays d’origine de l’investisseur. L’expression « avoir voix au chapitre » implique généralement de détenir 10 % ou plus des actions ordinaires ou des droits de vote (dans le cas d’une entreprise constituée en personne morale) ou une participation équivalente (dans le cas d’une entreprise sans personnalité morale). L’IDE peut comporter la création d’une entreprise entièrement nouvelle – ce type d’investissement est appelé « investissement de création » (greenfield investment, en anglais) – ou la prise de participations à des entreprises existantes par l’intermédiaire de fusions ou d’acquisitions. D’autres types de transactions financières entre sociétés liées, comme le réinvestissement des gains de l’entreprise financée par l’IDE, sont aussi définis comme de l’IDE.
Pourquoi se concentrer sur l’IDE de création?
Tout d’abord, nous ne possédons pas de données sur les flux d’IDE totaux pour les provinces canadiennes en raison des défis que comporte la compilation de données sur l’IDE par province. Les statistiques sur l’IDE sont basées sur les entreprises et sont par conséquent difficiles à ventiler par région. Compte tenu de la façon dont les organisations sont structurées, les investissements réalisés dans une province par le truchement d’une personne morale ou d’une société de portefeuille pourraient ne pas refléter la destination finale du flux d’investissement. Cette difficulté se présente déjà au niveau international, mais elle est encore plus patente au niveau provincial.
Même si nous ne possédons pas de données sur les flux d’IDE totaux pour les provinces, des données comparables sont disponibles pour l’IDE de création – l’investissement servant à l’expansion d’une installation existante ou à la création d’une nouvelle installation. Par conséquent, dans la présente analyse, nous mettons l’accent sur l’IDE de création entrant. Ces données ne sont pas parfaites, mais elles nous donnent une idée des provinces qui s’en tirent bien lorsque vient le temps d’attirer l’IDE1. Comme la même méthode est utilisée pour compiler à la fois les données internationales et provinciales, nous pouvons comparer l’IDE de création des provinces dans un contexte international. Nous avons utilisé les moyennes sur cinq ans pour calculer le classement des provinces afin de tenir compte de la très forte volatilité des données annuelles sur l’IDE.
Qu’est-ce que l’indice de rendement de l’IDE de création sortant?
L’indice de rendement de l’IDE de création sortant est une indication de la capacité relative d’une région d’investir dans l’économie mondiale par l’intermédiaire de l’IDE de création. Si la part de l’IDE de création mondial investi par une région correspond à sa part relative du produit intérieur brut (PIB) mondial, l’indice de rendement pour cette région sera alors égal à 1. Une valeur supérieure à 1 indique une part plus grande de l’IDE de création par rapport à sa part du PIB, ce qui signifie que la région investit plus d’IDE à l’étranger que la taille de son économie ne le suggère. Une valeur inférieure à 1 indique une part plus petite de l’IDE de création par rapport à sa part du PIB.
Quelle est la précision d’un indicateur économique comme l’IDE?
L’IDE est généralement considéré comme un indicateur important, mais tardif, de l’environnement d’investissement. Une fois que la décision de lancer un projet ou de faire une acquisition a été prise, cela peut prendre quelque temps avant que les fonds ne soient effectivement rendus disponibles. Par conséquent, l’examen des données sur les flux d’IDE sortant au cours d’une année donnée ne dresse pas toujours un portrait complet de l’état d’esprit des investisseurs pour cette année particulière. C’est pourquoi l’on doit examiner les flux sur une longue période.
Quels sont les avantages de l’IDE sortant pour le Canada?
L’IDE est un moteur important de la croissance économique mondiale, voire de la mondialisation. L’IDE connaît une croissance accélérée à l’échelle mondiale et stimule la production, le commerce international et les chaînes de valeur mondiales. Durant les trente dernières années, le flux d’IDE mondial a généralement dépassé la croissance du PIB et des exportations à l’échelle mondiale. Entre 2000 et 2012, la croissance des exportations de marchandises à l’échelle mondiale équivalait à la croissance de l’IDE mondial, mais cela était dû en grande partie à un effet prix, soit l’augmentation rapide des prix des matières premières durant cette décennie – un phénomène qui est peu susceptible de se répéter dans la présente décennie.
Les flux d’IDE sortant ouvrent l’accès aux marchés étrangers et favorisent une plus grande intégration des entreprises dans les chaînes d’approvisionnement et de valeur mondiales, ce qui permet aux entreprises de l’économie d’origine d’être plus efficaces et plus compétitives. Les pays exportateurs de capitaux bénéficient des profits rapatriés par ces entreprises, des redevances sur la propriété intellectuelle et d’autres avantages pécuniaires semblables.
La théorie traditionnelle du commerce international voyait l’IDE comme un substitut au commerce international, soit une façon d’éviter les barrières tarifaires, en implantant par exemple des succursales dans un autre marché. Le nouveau paradigme du commerce international – le « commerce d’intégration » – reconnaît que l’IDE sortant favorise le commerce en ouvrant de nouvelles possibilités d’exportation (et d’importation). Plus précisément, l’IDE stimule les exportations de biens et de services du pays exportateur de capitaux, tout en lui donnant accès à des intrants à plus faible coût par l’intermédaire des importations. C’est pourquoi la majorité des pays industrialisés font la promotion active de l’IDE sortant en fournissant aux multinationales de l’information et une assistance technique, une assurance contre les risques ou des garanties, et des prêts, de même qu’en y participant à titre de co-investisseurs.
Pour comprendre les avantages de l’IDE sortant et de l’intégration aux chaînes d’approvisionnement mondiales, veuillez consulter :
- Direct Investment Abroad: A Strategic Tool for Canada (Ottawa, Signal49 Recherche, 2011).
- Best Policy Practices for Promoting Inward and Outward Foreign Direct Investment (Ottawa, Signal49 Recherche, 2010), dont le résumé est traduit sous le titre Pratiques stratégiques exemplaires pour la promotion de l’investissement direct étranger entrant et sortant.
Comment les provinces se classent-elles au chapitre de l’IDE de création sortant par rapport aux pays comparés avec le Canada?
La Colombie-Britannique arrive au troisième rang du classement général et obtient un « A » à l’indice de rendement de l’IDE sortant pour la période allant de 2008 à 2012. La C. B. se retrouve en tête du classement en compagnie de deux homologues européens du Canada : la Suisse et l’Irlande. Ces deux économies ouvertes et de taille relativement modeste sont fortement intégrées à l’économie mondiale, et il n’est donc pas surprenant que les entreprises de ces pays soient engagées dans l’investissement à l’étranger. L’Irlande obtient aussi la note « A » pour l’indice de rendement de l’IDE de création entrant.
L’Alberta obtient un « B », mais la plupart des autres provinces tirent de l’arrière. Les provinces de l’Atlantique, le Manitoba, la Saskatchewan et le Québec obtiennent tous un « D », avec des indices de rendement de l’IDE sortant inférieurs au plus piètre résultat obtenu par le plus mauvais élève parmi les pays comparés au Canada, les États-Unis. L’Ontario obtient, quant à elle, un « C ».
Les États-Unis sont la plus grande source d’IDE sortant dans le monde – accaparant 24 % de l’IDE sortant mondial en 2012 –, mais ce pays obtient quand même un « D », le résultat le plus faible parmi les pays de comparaison. L’IDE sortant des États-Unis est faible par rapport à sa taille relative dans l’économie mondiale, qui demeure la plus importante au monde. L’économie des É. U. repose largement sur la demande intérieure alors que les échanges commerciaux et l’IDE – à la fois entrant et sortant – représente une part relativement faible de son économie.
La part de l’IDE sortant mondial total détenue par les É. U. a beaucoup diminué durant les dernières décennies, passant de 54 % en 1970 à 24 % en 2012.
Ce déclin dans la part détenue par les États-Unis reflète la participation accrue des marchés émergents à l’économie mondiale. La part de l’IDE sortant mondial des pays industrialisés a glissé de 93,1 % en 1990 à 79,2 % en 2012.
Durant la même période, la part de l’IDE sortant des marchés émergents a augmenté de 6,9 % à 18,9 %. La part de la Chine est passée d’un faible 0,21 % en 1990 à 2,2 % en 2012.
Comment les provinces se mesurent-elles entre elles quant à l’IDE sortant?
En plus de classer les provinces par rapport à des pays comparables au Canada, nous les avons comparées entre elles et réparties selon trois catégories : « supérieure à la moyenne », « dans la moyenne » et « inférieure à la moyenne »2. La Colombie-Britannique et l’Alberta affichent une performance « supérieure à la moyenne » pour la période de 2008 à 2012. Comme on pouvait s’y attendre, l’Ontario est la plus importante source d’IDE sortant au Canada, avec un IDE de création moyen atteignant 13 G $ par année entre 2008 et 2012. L’IDE sortant moyen pour l’Alberta et la Colombie-Britannique durant la même période a également été important (plus de 5 G $ par année pour chacune de ces provinces). Toutefois, comme la taille de l’économie de l’Ontario fait plus du double de celle de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, la part de l’IDE sortant mondial détenue par l’Ontario comparée à sa part du PIB mondial est donc beaucoup plus faible.
L’IDE sortant joue un rôle limité dans les provinces de l’Atlantique, en Saskatchewan et au Manitoba, puisqu’il équivaut à moins de 0,5 % du PIB de ces provinces. La Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador et l’Î.-P.-É. affichent tous les trois une performance « inférieure à la moyenne ». L’Î.-P.-É. est le cancre du groupe à ce chapitre : entre 2003 et 2012, cette province n’a pas mesuré son flux d’IDE sortant.
Dans quelles industries la Colombie-Britannique et l’Alberta investissent-elles?
Nous ne possédons pas de données sur l’IDE sortant ventilées par industrie pour les provinces. Il est quand même possible de se faire une idée des industries dans lesquelles les deux provinces les plus performantes au Canada investissent en examinant les tendances de l’IDE sortant à l’échelle nationale.
Les économies de l’Alberta et de la C. B. sont étroitement liées à l’exploitation des ressources. Entre 1999 et 2012, la part de l’IDE sortant provenant du secteur des mines et de l’extraction du gaz naturel et du pétrole au Canada a grimpé de 13,6 % à près de 19 %. Nous pouvons raisonnablement en conclure que la croissance de l’indice au niveau national s’explique partiellement par la force du secteur des ressources naturelles en C. B. et en Alberta. Les entreprises de ces provinces œuvrant dans les secteurs minier, gazier et pétrolier reçoivent de l’IDE entrant pour l’expansion de leurs activités et, dans certains cas, investissent à leur tour dans des entreprises du secteur des ressources d’autres pays.
Comment expliquer le piètre classement de l’Ontario?
La note « C » de l’Ontario confirme que l’IDE sortant ne représente pas une composante aussi importante de l’économie de cette province que ce n’est le cas pour l’Alberta ou la Colombie-Britannique. La baisse de l’IDE sortant du secteur manufacturier canadien peut aussi aider à expliquer le piètre classement de l’Ontario. La part de l’IDE sortant du secteur manufacturier a chuté de 28 % en 1999 à moins de 10 % en 2012. L’Ontario demeure le centre de l’activité manufacturière au Canada, et le déclin de ce secteur dans les dernières décennies a eu vraisemblablement un impact négatif sur l’IDE sortant total de cette province.
Des changements importants survenus dans le secteur de la haute technologie au Canada ont aussi contribué au piètre classement de l’Ontario au titre de l’IDE sortant. La part de l’IDE sortant du secteur des technologies de l’information et des communications au Canada a chuté de 14 % en 2000 à seulement 2 % en 2012. La disparition de Nortel en Ontario est le principal facteur qui explique l’effondrement de la part de l’IDE sortant détenue par ce secteur. Les problèmes auxquels est présentement confrontée BlackBerry suggèrent que la part de l’Ontario pour l’IDE sortant pourrait demeurer faible pendant encore un bon moment.
Comment le Canada se classe-t-il dans l’ensemble au chapitre de l’IDE sortant?
Le Canada est passé de la note « C » dans les années 1970 et 1980 à « D » dans les années 1990 et 2000. Pour comprendre la note « D » du Canada, il faut comparer son indice de rendement de l’IDE sortant à celui de ses homologues. La part du flux total d’IDE sortant détenue par le Canada a chuté de 10,8 % en 1981 à 3,9 % en 2012. Malgré cela, la part de l’IDE sortant mondial qu’il détenait en 2012 équivalait encore à une fois et demie son PIB, ce qui signifie qu’il a continué d’investir à l’étranger une part plus importante de l’IDE mondial que sa taille économique ne le justifie.
Alors pourquoi le Canada n’obtient-il pas une note plus élevée pour cet indicateur? La réponse est simple : les autres pays ont fait relativement mieux que nous. L’Irlande – le pays le plus performant en 2012 pour le flux d’IDE total – ne représentait que 0,3 % du PIB mondial, mais accaparait 1,4 % de l’IDE sortant mondial, ce qui signifie que sa part de l’IDE sortant mondial est 4,5 fois plus élevée que sa part du PIB mondial.
À l’instar du Canada, les É. U. ont aussi obtenu un « D » pour l’indice de rendement de l’IDE sortant total. Pourquoi? Parce que les É. U. devraient faire mieux compte tenu de la taille de l’économie américaine. En 2012, les É. U. représentaient 22,4 % du PIB mondial et 23,6 % de l’IDE sortant mondial, ce qui donne un indice de rendement de l’IDE sortant de 1,1, une performance plutôt médiocre comparée à ses concurrents.
Dans quels pays le Canada investit-il?
Le profil géographique du stock d’IDE du Canada destiné à d’autres pays a changé durant les vingt dernières années. Même si les États-Unis demeurent la destination la plus importante de l’IDE sortant du Canada, sa part a chuté de 66 % en 1987 à 41 % en 2012. La part du stock d’IDE du Canada allant à l’Europe a bondi de 17 % en 1987 à 26 % en 2012. Le Royaume Uni demeure la destination la plus attrayante pour l’IDE canadien en Europe.
Le Canada ne tire pas suffisamment profit des possibilités qui existent à l’extérieur des pays traditionnels avec lesquels il brasse des affaires en Amérique du Nord et en Europe. Par exemple, le stock d’IDE du Canada en Asie et en Océanie a augmenté, mais il ne représente toujours que moins de 10 % de son IDE total à l’étranger.
Pourquoi l’IDE sortant n’est-il pas toujours perçu de façon positive?
Jusque dans les années 1970, on pensait que l’IDE sortant était généralement nuisible à la croissance des pays d’origine, ou « exportateurs de capitaux ». On estimait qu’en investissant à l’étranger, les entreprises multinationales entravaient la croissance des fonds communs d’immobilisation locaux et la création d’emplois. Par conséquent, de nombreux pays ont mis en place des mesures de contrôle des échanges ou des limites à la sortie des capitaux du pays. Aujourd’hui encore, certains plaident occasionnellement pour l’adoption de lois contre l’établissement de succursales à l’étranger dans le but de restreindre l’exportation des emplois. Durant les vingt dernières années, le Congrès américain a aussi subi des pressions du public pour empêcher des compagnies américaines d’investir à l’étranger et de « détruire » des emplois aux É. U.
Toutefois, avec la libéralisation du commerce et la montée des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’IDE est de plus en plus perçu comme un moyen privilégié de créer de la richesse et de stimuler les échanges commerciaux – dans les deux sens. Autrement dit, l’opinion internationale a évolué considérablement, et on estime dorénavant que les avantages de l’IDE dépassent largement ses inconvénients. Cela modifie fondamentalement notre perception du commerce et de l’investissement, de même que des relations entre les deux. À l’avenir, nous devrons peut-être parler moins « de commerce international et d’investissement », et davantage « d’investissement international et de commerce ». Les entreprises canadiennes devront non seulement attirer plus d’IDE, mais aussi faire davantage pour augmenter les flux d’IDE vers l’étranger.
Notes de bas de page
1 fDi Markets est la source des données provinciales et des données sur l’IDE de création publiées dans le rapport annuel sur l’investissement dans le monde, World Investment Report, de la CNUCED. fDi Markets ne compile pas de données sur les prises de participations des investisseurs. Cela signifie que les données peuvent inclure des investissements qui ne sont pas consédirés comme de l’IDE (p. ex. le niveau de propriété étrangère est inférieur à 10 %).
2 Pour comparer les provinces canadiennes les unes par rapport aux autres, nous avons d’abord déterminé leur note moyenne et l’écart type des valeurs provinciales. L’écart type est la mesure de la variabilité qui existe à l’intérieur d’un ensemble de résultats. Si les résultats sont normalement répartis (c’est-à-dire que leur dispersion ne penche pas lourdement d’un côté ou de l’autre ou qu’elle ne comporte pas d’aberrations importantes), environ 68 % des résultats se trouveront à un écart type au-dessus ou en dessous de la moyenne. Toute province qui se situe à un écart type au-dessus de la moyenne est dite « supérieure à la moyenne ». Les provinces qui se situent à un écart type en dessous de la moyenne sont dites « inférieures à la moyenne ». Les autres provinces ont un rendement qui les situe « dans la moyenne ».
