Taux de chômage
Messages clés
- Les taux de chômage dans certaines des provinces de l’Ouest canadien sont comparables aux taux observés dans certaines des économies industrialisées les plus performantes au monde.
- L’Î.P.-É. et Terre-Neuve-et-Labrador se classent parmi les provinces les moins performantes lorsqu’on les compare aux pays comparables au Canada.
- Le taux de chômage est plus faible chez les femmes que chez les hommes dans toutes les provinces canadiennes, à l’exception de la Saskatchewan.
Le bilan du chômage mis en contexte
Le taux de chômage de 7,1 % enregistré en 2013 au Canada marque une nette amélioration par rapport au taux de 8,3 % qui sévissait au plus fort de la récession de 2008-2009. L’économie canadienne a évité le plus gros de la vague de pertes d’emplois qui a déferlé sur les É. U. et la zone euro. Le secteur financier solide et la situation budgétaire robuste du Canada ont permis à son économie d’émerger de la récession avec une reprise rapide du marché de l’emploi. La note « B » obtenue par le Canada en 2013 représente aussi une amélioration marquée par rapport à la situation qui prévalait dans les années 1970 et 1980, alors que le Canada obtenait régulièrement des « D » parce que la création d’emplois n’arrivait pas à suivre la croissance rapide de sa main-d’œuvre.
Sur le plan international, le taux de chômage de 7,1 % du Canada le situe, grosso modo, en milieu de peloton des pays industrialisés analysés dans le Bilan comparatif du Canada. Des pays comme la France et l’Irlande continuent d’afficher des taux de chômage dans les deux chiffres parce que ces pays sont confrontés aux effets persistants de la crise financière et de la récession de 2008-2009. Les mesures d’austérité sévères prises dans la zone euro pour tenir en laisse une dette publique démesurée ont contribué à la hausse du taux de chômage en Europe; les taux de chômage élevés en France et ailleurs sont aussi le résultat de marchés du travail inflexibles qui rendent difficile l’accès à des emplois pour les jeunes.
À l’autre bout du spectre, le taux de chômage de 3,4 % affiché par la Norvège est beaucoup plus faible que celui du Canada et de tous les autres pays comparables. L’économie de la Norvège est généralement tenue comme l’une des plus prospères au monde, la conséquence d’une bonne gestion de sa richesse énergétique.
Comment les provinces se classent-elles sur le plan du chômage par rapport aux pays comparables au Canada?
Les taux de chômage provinciaux varient beaucoup d’une province à l’autre. Certaines des provinces de l’Ouest ont des taux de chômage qui se rapprochent de ceux des pays les plus performants, comme la Norvège. Ainsi, la Saskatchewan, l’Alberta et le Manitoba obtiennent toutes la note « A » pour cet indicateur. Mais les taux de chômage au Canada atlantique sont aussi élevés que ceux des pays de la zone euro qui éprouvent des difficultés sur ce plan, entre autres la France et l’Irlande. Terre-Neuve-et-Labrador et l’Î.-P.-É. obtiennent toutes deux la note « D », à l’instar de l’Irlande, le seul pays du groupe comparé à obtenir un « D ».
Comme la timide reprise économique affecte-t-elle le taux de chômage dans les provinces?
Tout comme la reprise qui a suivi la récession de 2008-2009 s’est manifestée de façon très différente parmi les pays industrialisés, les provinces canadiennes ont aussi connu des sorts très différents à cet égard. Le taux de chômage a augmenté durant la récession de 2008-2009 dans toutes les provinces. Même en Alberta, l’économie canadienne la plus performante ces dernières années, le taux de chômage s’est accru, passant de 3,5 % en 2007 à 6,6 % en 2009. Le taux de chômage au Canada atlantique, qui était déjà dans les deux chiffres avant la récession, a grimpé encore plus haut à cause de la contraction de la demande.
La reprise de la demande et du marché de l’emploi a bénéficié à la plupart, mais certainement pas à l’ensemble, des provinces canadiennes. Le taux de chômage en Alberta a chuté à 4,6 % en 2013. En Ontario, le taux de chômage est passé de 9 % en 2009 à 7,5 % en 2013. Malheureusement, le taux de chômage de la Nouvelle-Écosse a à peine changé (il était de 9,3 % en 2010, comparativement à 9 % en 2013), tandis que le taux au Nouveau-Brunswick a, dans les faits, augmenté, se hissant à 10,4 %, comparativement à 8,8 % en 2007. Ces deux provinces ont été freinées par la reprise hésitante aux É. U. qui a nui à la demande d’exportations. Par exemple, les exportations de produits forestiers sont demeurées exsangues en raison de la lente reprise du marché américain de l’habitation – une reprise qui a seulement commencé à gagner de la vitesse en 2013. La Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ont aussi souffert de la faiblesse de leurs économies intérieures au cours des récentes années.
Comment les provinces se classent-elles les unes par rapport aux autres?
En plus de classer les provinces par rapport à des pays comparables au Canada, nous les avons comparées entre elles et réparties selon trois catégories : « supérieure à la moyenne », « dans la moyenne » et « inférieure à la moyenne »1. Le taux de chômage varie grandement parmi les provinces canadiennes. De façon générale, les provinces de l’Ouest présentent des taux de chômage bien plus faibles que dans le reste du pays. La Saskatchewan et l’Alberta se situent parmi les provinces qui affichent une performance « supérieure à la moyenne » pour cet indicateur. Le taux de chômage de la Saskatchewan était de seulement 4 % en 2013, bien inférieur au taux national de 7,1 %, et bien loin des taux dans les deux chiffres enregistrés par l’Î.P. É., Terre-Neuve-et-Labrador et le Nouveau-Brunswick.
Ces taux de chômage très différents d’une province à une autre reflètent généralement les soubresauts de l’économie mondiale – un facteur crucial compte tenu de l’énorme dépendance du Canada vis-à-vis du commerce international. Les provinces de l’Ouest – en particulier la Saskatchewan et l’Alberta – ont bénéficié des prix élevés des matières premières ces dernières années, en particulier pour les produits pétroliers et agricoles. Bien que la récession ait entraîné une chute des prix des matières premières comme le pétrole, ceux-ci se sont rétablis rapidement en raison, principalement, de la forte demande de l’économie chinoise, qui a continué de croître à un rythme soutenu durant et après la récession de 2008-2009. Les prix élevés des matières premières ont gonflé les revenus et fouetté la croissance économique des provinces de l’Ouest canadien, aidant à réduire leurs taux de chômage. Le taux de chômage de la Colombie-Britannique est toutefois demeuré plus élevé que celui des autres provinces de l’Ouest parce que son secteur clé de la foresterie a été fortement affecté par les dommages causés par le dendroctone du pin et la faiblesse du marché de l’habitation aux É. U.
Les taux de chômage en Ontario et au Québec demeurent supérieurs à la moyenne nationale canadienne et sont beaucoup plus élevés que dans l’Ouest canadien. Ces deux provinces traversent actuellement une période de changements structurels dans le secteur manufacturier et elles n’affichent pas une aussi forte dépendance envers le secteur des ressources que les provinces de l’Ouest. Par conséquent, leur croissance économique a été plus faible et leurs taux de chômage plus élevés. Les fabricants qui exportent sur le marché clé des É. U. ont été particulièrement frappés par la lente reprise de l’économie américaine et par l’appréciation du dollar canadien.
Pourquoi le taux de chômage au Canada atlantique est-il si élevé?
Le taux de chômage de trois des quatre provinces de l’Atlantique est demeuré dans les deux chiffres en 2013. Terre-Neuve-et-Labrador obtient généralement une meilleure performance que les trois autres grâce à son secteur des ressources. Les provinces de l’Atlantique ont fait les frais d’une capacité de production excédentaire et elles n’ont pas bénéficié de l’augmentation de la demande pour les matières premières au cours de la dernière décennie. Durant cette période, le secteur manufacturier de ces provinces n’avait pas non plus bénéficié des répercussions de la forte croissance aux É. U. et de la faiblesse du dollar canadien – deux facteurs clés qui ont alimenté la croissance économique en Ontario et au Québec.
Comment les territoires se classent-ils au chapitre du chômage?
Lorsqu’on les compare aux pays comparables au Canada, le Yukon obtient un « A », les Territoires du Nord-Ouest un « B » et le Nunavut un « D ». À 13,5 %, le taux de chômage du Nunavut est plus élevé que celui de tous les pays comparés, à l’exception de l’Irlande, et de tous les territoires et provinces canadiens. Ce taux élevé de chômage est surprenant, si l’on considère que la croissance de l’emploi au Nunavut a été particulièrement robuste ces sept dernières années. Deux facteurs principaux expliquent ce taux de chômage élevé :
- Un grand nombre des emplois disponibles vont à des travailleurs relativement plus qualifiés du Sud qui ne résident pas officiellement dans les territoires et qui ne sont donc pas comptabilisés dans les statistiques territoriales;
- La croissance de l’emploi due à l’expansion économique a encouragé encore plus de Nunavutois à intégrer le marché du travail et à se chercher un emploi. Comme le bassin de main-d’œuvre grossit, et que tous les nouveaux arrivants sur le marché du travail ne trouvent pas forcément un emploi (de nombreux Nunavutois ne possèdent pas les compétences recherchées pour travailler dans les secteurs minier ou de la construction), le nombre de chômeurs (soit le nombre de personnes sur le marché du travail, mais sans emploi) augmente, ce qui fait grimper le taux de chômage.
À l’inverse, le Yukon a affiché un taux de chômage relativement faible en 2013, soit de seulement 5,4 %. Le taux de chômage aux Territoires du Nord-Ouest s’élevait à 8,2 % – plus élevé que celui des six provinces à l’ouest du Canada atlantique.
Le marché de l’emploi dans les territoires devrait bien s’en tirer au cours des prochaines années, grâce à l’exploitation de nouvelles mines et à une forte activité du secteur de la construction.
Nous n’incluons pas les territoires dans nos calculs aux fins des comparaisons provinciales et internationales, car les données ne sont pas disponibles pour de nombreux indicateurs faisant partie des six catégories principales du bilan comparatif. Cependant, Signal49 Recherche entend inclure les territoires dans son champ d’analyse et réalise des bilans comparatifs distincts pour les territoires quand les données sont disponibles, comme pour le taux de chômage.
Signal49 Recherche publie deux fois par an un rapport intitulé Territorial Outlook, dans lequel il examine la conjoncture économique et financière de chaque territoire, notamment les résultats par industrie, la situation du marché du travail et la composition démographique. Le Territorial Outlook est disponible en ligne à e-Library et, pour nos clients abonnés, à e-Data.
Le Centre pour le Nord, créé en 2009 par Signal49 Recherche, mène également des recherches sur des questions concernant les territoires.
Les provinces devraient-elles viser un taux de chômage nul?
Le but ultime d’une politique de l’emploi devrait être que tous les Canadiens qui désirent travailler, et qui sont capables de le faire, puissent trouver un emploi, peu importe la province où ils vivent. Le chômage et, en particulier, les périodes de chômage répétées ou prolongées ont des conséquences fâcheuses pour les personnes, leurs familles et les collectivités dans lesquelles elles vivent.
Toutefois, d’un point de vue économique, le « plein emploi » ne signifie pas nécessairement un taux de chômage nul – même dans une province aussi florissante que l’Alberta. Il s’agit plutôt du plus faible taux de chômage qui peut être maintenu sans relancer l’inflation, dans une économie en croissance où tous les facteurs de production sont utilisés de manière efficace. Il y aura toujours du chômage causé par la mobilité au sein de la main-d’œuvre – les gens passent d’un emploi à un autre, changent de carrière, ou bougent sur le plan géographique. Les Canadiens migrent constamment d’une province à une autre pour tirer profit de meilleures possibilités d’emploi. Pendant la plus grande partie des années 1990 et le début des années 2000, le secteur manufacturier de l’Ontario a attiré des travailleurs non seulement du Canada atlantique, mais aussi de certaines provinces de l’Ouest. Plus récemment, des travailleurs ont fait leurs valises et quitté les provinces de l’est du Canada, dont l’Ontario, pour aller vers l’Ouest dans l’espoir d’obtenir de meilleurs emplois.
Les changements structurels dans l’économie – provoqués, bien souvent, par le changement technologique – contribuent aussi, dans une certaine mesure, à accroître le chômage. Lorsque, par exemple, l’avènement de l’édition électronique a provoqué l’élimination de la composition typographique traditionnelle, les typographes ont perdu leur emploi. Certains ont pu se recycler pour occuper d’autres emplois, mais d’autres se sont retrouvés chômeurs ou sous-employés de manière chronique. La seule façon dont un pays pourrait éliminer ce type de chômage serait d’éliminer tout progrès technologique qui amène des changements structurels dans son économie. Évidemment, aucun pays ne devrait aspirer à une telle chose.
Un faible taux de chômage assure-t-il une économie prospère?
Pas nécessairement. Les pays qui ont un taux extrêmement faible de chômage font souvent face à des pénuries de main-d’œuvre, à des pressions sur leurs coûts salariaux et à d’autres problèmes. Les pénuries de main-d’œuvre peuvent limiter considérablement la croissance économique d’un pays et sa capacité de production.
L’Alberta et la Saskatchewan, par exemple, ont de la difficulté à recruter suffisamment de travailleurs qualifiés pour répondre à l’expansion de leur secteur des ressources, ce qui a limité la production dans ces provinces. La pénurie de main-d’œuvre crée une pression à la hausse sur les salaires, ce qui pourrait limiter la profitabilité et les liquidités disponibles des entreprises œuvrant dans le secteur des ressources dans l’Ouest canadien. Les prix dans le secteur immobilier peuvent aussi grimper en raison de la forte migration interprovinciale, ce qui soulève des inquiétudes quant à la formation possible de bulles immobilières.
Y a-t-il des différences dans les taux de chômage entre les hommes et les femmes au Canada et dans les provinces?
Le taux de chômage du Canada s’établissait à 6,6 % pour les femmes en 2013 et à 7,5 % pour les hommes. À l’exception de la Saskatchewan, toutes les provinces ont affiché un taux de chômage moins élevé pour les femmes que pour les hommes en 2013. Cette tendance existe au Canada depuis déjà quelques décennies. Entre 1976 et 1981, le taux de chômage pour les hommes était plus faible que pour les femmes, mais cette tendance s’est graduellement inversée durant les décennies qui ont suivi 1981. Ce changement reflète des ajustements structurels dans l’économie canadienne. L’emploi dans l’industrie manufacturière, fortement dominée par les hommes, a décliné, la mondialisation ayant entraîné des pertes d’emplois dans de nombreux secteurs manufacturiers. Parallèlement, l’emploi dans le secteur des services au Canada a fortement augmenté, en particulier dans les secteurs où les femmes sont prédominantes, notamment les soins de santé et l’éducation.
L’écart dans les taux de chômage entre les hommes et les femmes est particulièrement évident dans les provinces de l’Atlantique. Le taux de chômage au Nouveau-Brunswick atteint 12,7 % pour les hommes, tandis qu’il n’est que de 8 % pour les femmes – un écart de 4,7 points de pourcentage. Les industries dominées par les hommes, comme la pêche et la foresterie, ont été fortement ébranlées par la récession mondiale et par ses effets persistants. Dans le cas du secteur des pêches, un déclin dans les stocks de poissons de l’Atlantique a fait mal à cette industrie.
Les tendances observées dans les taux de chômage des provinces vont-elles se maintenir?
La réponse à cette question est oui, les provinces de l’Ouest canadien continueront d’afficher des taux de chômage plus faibles que le reste du Canada dans les années qui viennent. Toutefois, l’écart pourrait s’amenuiser en raison des récents développements dans l’économie mondiale et de l’affermissement de la croissance économique dans les provinces du Centre et de l’Atlantique. L’augmentation des prix des matières premières qui a profité aux marchés de l’emploi de l’Ouest canadien ralentira quelque peu. Les changements technologiques dans l’industrie pétrolière, comme la fracturation, ont contribué à augmenter l’offre de pétrole et, par conséquent, il est peu probable que les prix mondiaux pour le pétrole grimpent encore pour atteindre la marque des 200 $ US le baril, comme certains économistes l’avaient prédit il y a quelques années. Ce qui veut dire que l’écart entre les taux de chômage de l’Ouest canadien et ceux des autres régions du pays pourrait se resserrer.
Parallèlement, le taux de chômage des provinces du Centre du Canada, soit le Québec et l’Ontario, devrait s’améliorer au cours des deux prochaines années, grâce à la reprise de l’économie américaine, à un dollar canadien plus faible et à l’amélioration générale de leur économie intérieure.
Notes de bas de page
1 Pour comparer les provinces canadiennes les unes par rapport aux autres, nous avons d’abord déterminé leur note moyenne et l’écart type des valeurs provinciales. L’écart type est la mesure de la variabilité qui existe à l’intérieur d’un ensemble de résultats. Si les résultats sont normalement répartis (c’est-à-dire que leur dispersion ne penche pas lourdement d’un côté ou de l’autre ou qu’elle ne comporte pas d’aberrations importantes), environ 68 % des résultats se trouveront à un écart type au-dessus ou en dessous de la moyenne. Toute province qui se situe à un écart type au-dessus de la moyenne est dite « supérieure à la moyenne ». Les provinces qui se situent à un écart type en dessous de la moyenne sont dites « inférieures à la moyenne ». Les autres provinces ont un rendement qui les situe « dans la moyenne ».
