
Les travailleurs de la santé communautaire autochtones au Canada
Piliers de la santé communautaire

English • 11 mars 2026
Le rôle des travailleurs de la santé communautaire autochtones
Les travailleurs de la santé communautaire autochtones sont des intervenants de première ligne qui occupent des fonctions de soutien et fournissent divers services de santé dans les communautés. Leur travail peut inclure la promotion de la santé, les soins aux diabétiques, l’aide à l’accouchement et le soutien en santé mentale, selon les besoins de la communauté. Les travailleurs de la santé communautaire jouent souvent un rôle plus important dans les communautés rurales et isolées, où l’isolement géographique et l’éloignement des services rendent difficile l’accès aux soins de santé pour les populations autochtones1.

Il n’y a pas toujours de médecins disponibles pour les Premières Nations vivant dans une réserve, et les infirmiers changent fréquemment de communauté2. Le recrutement et la rétention de professionnels de la santé permanents dans les communautés inuites constituent un défi de taille, car très peu d’Inuits travaillent dans le système de santé3. De plus, les expériences de racisme et de discrimination vécues par les Autochtones dans le système de santé ont entraîné des retards dans l’accès aux soins ou un manque de soins4.
Bien qu’ils ne remplacent pas les médecins et les infirmiers, les travailleurs de la santé communautaire autochtones comblent une lacune importante dans les communautés rurales et éloignées en fournissant des services de santé adaptés à la culture et en assurant la continuité des soins de soutien5. Ils sont souvent membres des communautés qu’ils servent et peuvent partager la langue, la culture et l’expérience vécue des autres membres de la communauté6. Ils peuvent également servir de ponts entre les membres de la communauté et le système de santé7. La sécurité culturelle fait partie intégrante de leur pratique et consiste à aider les membres de la communauté à se sentir à l’abri du racisme et de la discrimination lorsqu’ils reçoivent des soins8. De plus, les travailleurs de la santé communautaire autochtones sont plus susceptibles de comprendre les déterminants autochtones de la santé et d’en tenir compte, notamment le rapport à la terre, l’autodétermination et la continuité culturelle9.

Cependant, contrairement aux médecins et aux infirmiers, les travailleurs de la santé communautaire ne sont pas officiellement reconnus comme une profession réglementée. En général, pour exercer une profession réglementée dans le domaine de la santé au Canada, il faut être diplômé d’un établissement d’enseignement reconnu, avoir suivi une formation ou des études supérieures et avoir réussi certaines évaluations10. Il peut également être nécessaire de se conformer à la réglementation établie par un corps administratif provincial ou territorial11.
De plus, les travailleurs de la santé communautaire autochtones ne disposent pas d’un réseau ou d’une association nationale pour les représenter. Les descriptions de poste des travailleurs de la santé communautaire autochtones varient également selon les autorités sanitaires autochtones et les communautés, ainsi que selon le système de la Classification nationale des professions12. Cette absence de réglementation, de réseau ou d’association, ou encore de cohérence dans les rôles, peut entraîner des inégalités en matière de scolarité et de formation, ainsi qu’une visibilité limitée pour les travailleurs de la santé communautaire, ce qui peut être amplifié dans les communautés rurales et isolées.
Dans le cadre d’un projet plus vaste, la présente analyse s’appuie sur les données de Statistique Canada afin de rendre plus visible cette main-d’œuvre cachée, mais essentielle. Elle met en évidence les lieux où se trouvent les travailleurs de la santé communautaire autochtones, décrit les milieux dans lesquels ils travaillent et trace le profil de leur parcours scolaire13. Cependant, les données ne donnent qu’une image partielle des travailleurs de la santé communautaire autochtones, basée sur les statistiques disponibles, plutôt que sur des entretiens qualitatifs, des récits et leur expérience vécue. Nous présenterons une analyse plus approfondie des rôles des travailleurs de la santé communautaire autochtones, ainsi que des possibilités et des défis en matière de formation, dans un rapport qui sera publié à l’hiver 2026.
- Oosterveer et Young, « Primary Health Care Accessibility Challenges ».
- Minore et coll., « The Effects of Nursing Turnover »; Cherba, Healey Akearok et MacDonald, « Addressing Provider Turnover ».
- Inuit Tapiriit Kanatami, Social Determinants of Inuit Health in Canada.
- Agence de la santé publique du Canada, « Expériences des Autochtones ».
- Minore et coll., « Realistic Expectations ».
- Minore et coll.
- Minore et coll.
- First Nations Health Authority, Anti-Racism, Cultural Safety & Humility Framework.
- Greenwood, Leeuw, et Lindsay, Determinants of Indigenous Peoples’ Health.
- Whiteside et coll., « Spotlight ».
- Foong, « Professional Regulation in Healthcare ».
- Statistique Canada, « Classification nationale des professions (CNP) 2021, version 1.0 ».
- Statistique Canada, « Profil du recensement, Recensement de la population de 2021 ».
Le Nord détient la proportion la plus élevée
Les travailleurs de la santé communautaire jouent un rôle important dans le domaine des soins de santé partout au Canada, et en particulier dans le Nord. Comparativement à ceux qui travaillent hors réserve dans le Nord ou dans des réserves dans le Sud, une proportion plus élevée de travailleurs de la santé communautaire s’identifient comme Autochtones et vivent dans une réserve dans les régions du Nord.

À l’échelle nationale, ce sont les régions sanitaires comprenant le Nunavut, le Nord du Québec, le Nord de la Saskatchewan et le Nord du Manitoba qui comptent la plus forte proportion de travailleurs de la santé communautaire autochtones. Les difficultés liées au recrutement et à la rétention du personnel au Nunavut sont bien documentées et renforcent l’important rôle joué par les travailleurs de la santé communautaire autochtones dans le maintien d’un accès constant à des soins adaptés à la culture dans ces contextes1.
- Inuit Tapiriit Kanatami, Social Determinants of Inuit Health in Canada.
Servir dans des milieux diversifiés
Les travailleurs de la santé communautaire autochtones du Nord travaillent dans un large éventail de milieux de soins de santé et de services sociaux. La plupart d’entre eux travaillent dans des milieux liés à l’assistance sociale, une vaste catégorie qui comprend les services individuels et familiaux, les services communautaires d’alimentation et d’hébergement, les secours d’urgence, la réadaptation professionnelle et les services de garderie1. La proportion de travailleurs de la santé communautaire autochtones est beaucoup plus faible dans les hôpitaux et les établissements de soins infirmiers et de soins pour bénéficiaires internes, ce qui s’explique peut-être par le fait que ces établissements sont rares, voire inexistants, dans de nombreuses communautés du Nord2.

Étant donné que la catégorie « Travailleurs/travailleuses des services sociaux et communautaires » du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN) est très large, certains de ces postes peuvent ne pas correspondre à la définition stricte du travail en santé communautaire. Cette diversité signifie que les données reflètent probablement un mélange de rôles liés à la santé et aux services sociaux qui contribuent tous au bien-être de la communauté.
Néanmoins, la concentration de ces travailleurs dans les milieux liés à l’assistance sociale met en évidence à la fois la demande des communautés en matière de programmes sociaux et une approche des soins de santé fondée sur les déterminants sociaux, qui établit un lien entre la santé et le logement, le revenu et le bien-être familial3. Bon nombre des programmes qui incarnent cette approche intégrée sont financés par le gouvernement fédéral ou les gouvernements territoriaux et mis en œuvre dans le cadre de structures de services aux Autochtones. Les initiatives fédérales et territoriales telles que le Programme des services à l’enfance et à la famille des Premières Nations4, le principe de Jordan5, l’Initiative : Les enfants inuits d’abord6 et l’initiative Voies vers des communautés autochtones sûres7 font partie de ce cadre.
Dans les régions du Nord des provinces et les territoires, les travailleurs de la santé communautaire autochtones travaillent principalement dans les domaines de l’assistance sociale et des soins de santé ambulatoires. Dans certaines régions, comme le Nord de Terre-Neuve-et-Labrador, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, aucun ne travaille dans des hôpitaux, ce qui reflète la rareté de ces établissements8. Par exemple, le Nunavut ne compte qu’un seul hôpital : l’Hôpital général Qikiqtani à Iqaluit, où près de la moitié de la population est non-Autochtone9.
L’analyse des données relatives aux réserves du Nord montre que les travailleurs de la santé communautaire autochtones sont employés dans 10 groupes professionnels, les soins à domicile étant notablement absents. La plupart sont concentrés dans les services individuels et familiaux, y compris les services à l’enfance et à la jeunesse, les services aux personnes âgées et aux personnes ayant une incapacité, ainsi que d’autres services autres que d’hébergement. Cette tendance reflète probablement à la fois la portée étendue de la catégorie de l’assistance sociale et la plus grande disponibilité des programmes sociaux par rapport aux établissements médicaux dans une réserve10.
- Statistique Canada, « SCIAN 2022 Version 1.0, 624 – Assistance sociale ».
- Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, L’accès aux services de santé.
- Loppie et Wien, Comprendre les inégalités en santé vécues par les peuples autochtones.
- Services aux Autochtones Canada, « Programme d’aide à la vie autonome ».
- Services aux Autochtones Canada, « Financement des immobilisations ».
- Services aux Autochtones Canada, « Soutenir les enfants inuits ».
- Services aux Autochtones Canada, « Voies vers des communautés autochtones sûres ».
- Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, L’accès aux services de santé.
- Statistique Canada, « Tableau de profil, profil du recensement, Recensement de la population de 2021 – Iqaluit, (City) (CY), Nunavut [Subdivision de recensement] ».
- Statistique Canada, « Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN) Canada 2022 Version 1.0, 6241 – Services individuels et familiaux – Groupe ».
Niveau de scolarité plus élevé dans le Nord, hors réserve
Les travailleurs de la santé communautaire autochtones du Nord qui vivent dans une réserve sont confrontés à des obstacles considérables en matière d’éducation et d’avancement professionnel, ce qui se reflète dans leur niveau de scolarité. Plus du quart (26,1 pour cent) n’ont aucun certificat, diplôme ou grade, soit près du double du taux enregistré chez les ceux qui vivent hors réserve dans le Nord (13,9 pour cent) ou dans une réserve du Sud (14,4 pour cent). Ils sont moins nombreux (45,6 pour cent) à détenir des diplômes d’études postsecondaires que les travailleurs de la santé communautaire autochtones qui vivent hors réserve dans le Nord (59,4 pour cent) et dans une réserve du Sud (56,3 pour cent).

Les obstacles à l’éducation qui existent depuis longtemps et qui sont particuliers à certaines régions, notamment les traumatismes intergénérationnels liés aux pensionnats, sont des facteurs importants qui influent sur le niveau de scolarité1. De nombreuses réserves du Nord ont un accès limité aux programmes d’études secondaires et postsecondaires, ce qui signifie que les élèves et les étudiants doivent quitter leur communauté pour poursuivre leurs études. La séparation d’avec la famille et la culture qui en résulte2, combinées à des programmes scolaires eurocentriques3 et à une sécurité culturelle limitée, peuvent créer de l’anxiété et contribuer à des taux d’abandon scolaire plus élevés4. La pauvreté, qui touche de manière disproportionnée les ménages des Premières Nations vivant dans une réserve et les ménages inuits, limite encore davantage les possibilités et les résultats scolaires5.
Ces résultats concordent avec les données du Recensement national qui montrent que les membres des Premières Nations ayant le statut d’Indien inscrit ou visé par un traité et vivant dans une réserve sont moins susceptibles d’avoir un diplôme d’études postsecondaires que ceux qui vivent hors réserve6. Cependant, les statistiques officielles sur l’éducation négligent la formation en cours d’emploi et l’apprentissage traditionnel, qui sont essentiels au travail dans le domaine de la santé communautaire. De nombreux travailleurs acquièrent des compétences spécialisées en cours d’emploi et grâce au mentorat, ou en s’inspirant des connaissances culturelles et thérapeutiques transmises par les Aînés7.
Tendances régionales dans la scolarité
Les disparités en matière de scolarité au Canada sont particulièrement marquées dans le Nord de Terre-Neuve-et-Labrador et au Nunavut, où respectivement 66,7 pour cent et 36,8 pour cent des travailleurs de la santé communautaire autochtones n’ont aucun certificat, diplôme ou grade, soit les taux les plus élevés à l’échelle nationale. Le taux de scolarisation postsecondaire est également le plus faible dans ces régions (20,2 pour cent et 39,7 pour cent), ce qui reflète les tendances générales observées dans le Nord8.
Dans tout le Nord, et en particulier au Nunavut, dans le Nord du Québec, dans le Nord de la Saskatchewan et dans le Nord du Manitoba, le faible niveau de scolarité va de pair avec une faible densité de population et une forte proportion d’Autochtones. Dans ces régions, environ un quart à un tiers des travailleurs de la santé communautaire autochtones ne possèdent pas d’attestation d’études officielle, tandis que moins de la moitié d’entre eux ont un diplôme d’études postsecondaires.
Ces résultats reflètent les tendances provinciales et territoriales générales : Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut comptent parmi les provinces où la proportion de résidents sans instruction formelle est la plus élevée. La situation géographique entièrement nordique du Nunavut et sa place au sein de l’Inuit Nunangat amplifient ces obstacles9. Toutes les régions de l’Inuit Nunangat sont considérées comme éloignées ou très éloignées, et les Inuits qui y vivent ont moins de chances de faire des études postsecondaires que ceux qui vivent ailleurs10.
Cependant, ces chiffres ne reflètent pas l’apprentissage informel et ancré dans la culture que de nombreux travailleurs de la santé communautaire autochtones acquièrent grâce à la pratique communautaire, au mentorat et au savoir traditionnel, des formes d’éducation qui restent essentielles au perfectionnement de la main-d’œuvre dans les régions éloignées11.
- Commission de vérité et réconciliation du Canada, Honorer la vérité, réconcilier pour l’avenir.
- Richmond et Smith, « Sense of Belonging ».
- Battiste, Decolonizing Education.
- Deonandan, Janoudi, et Uzun, « Closing the Aboriginal Education Gap ».
- Reading et Wien, Inégalités en matière de santé et déterminants sociaux de la santé.
- Statistique Canada, « Niveau de scolarité postsecondaire ».
- Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, L’accès aux services de santé.
- Statistique Canada, « Plus haut niveau de scolarité, selon la région géographique ».
- Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, L’éducation : un déterminant social; Battiste, Decolonizing Education; Richmond et Smith, « Sense of Belonging ».
- Statistique Canada, « Niveau de scolarité postsecondaire ».
- Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, L’accès aux services de santé.
Cette recherche a été réalisée grâce au soutien financier du programme Compétences futures du gouvernement du Canada. Nous sommes fiers d’être un partenaire de recherche du consortium du Centre des Compétences futures.
De nombreux collègues ont contribué à la réalisation de cette recherche. Adam Fiser, Ph. D., chercheur principal, a conçu cette initiative et a fourni des conseils et des renseignements tout au long du processus de recherche. Bethany Haalboom, Ph. D., associée principale de recherche, et Jacob LeBlanc, MEA, chercheur, étaient les chercheurs principaux du projet.
Nous souhaitons également remercier les membres du comité consultatif de la recherche qui ont soutenu cette recherche :
- Madison Pierce, diététiste, éducatrice agréée en diabète, responsable du programme de lutte contre le diabète destiné aux travailleurs de la santé communautaire, Sioux Lookout First Nation Health Authority
- Dre Michelle Hensel, M.D., directrice médicale, programme d’aide à la santé communautaire, Alaska Native Tribal Health Consortium
- Christine Lalonde, Ph. D., directrice des services de santé, Première Nation de Nipissing
- Jason Brown, directeur du Service de l’emploi inuit, Nunavut Tunngavik Inc.
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