La prudence avant le politique : Analyse de la Mise à jour économique d’automne 2025 du Québec
Une planification prudente face à l’incertitude commerciale et une croissance économique plus vigoureuse qu’anticipée ont amélioré la trajectoire budgétaire du Québec pour 2025-2026. Le déficit est désormais estimé à 9,9 milliards $, comparativement à 11,4 milliards $ dans le budget 2025. En incluant les versements au Fonds des générations, le déficit atteint 12,4 milliards $.
- Si le déficit se résorbe légèrement à court terme, les résultats pour le reste de l’horizon de prévision demeurent comparables à ceux annoncés en mars. Le gouvernement prévoit toujours un modeste surplus de 300 millions $ en 2029-2030.
- En raison de déficits persistants au cours des deux prochaines années, le ratio de la dette nette au PIB devrait grimper à 41,3 % en 2027-2028, comparativement à 39,7 % cette année. Ce ratio diminuerait ensuite graduellement avec le retour à l’équilibre, pour atteindre 39,3 % en 2029-2030.
- Les revenus continuent de croître, mais à un rythme inférieur à celui des dépenses en 2025-2026. Les revenus devraient augmenter de 1,7 %, contre 3,3 % pour les dépenses, maintenant le déficit à un niveau élevé jusqu’à ce que la croissance des dépenses ralentisse.
- La perspective à moyen terme reste cohérente avec le plan financier du gouvernement, qui privilégie une gestion rigoureuse plutôt que de nouvelles initiatives majeures. Les dépenses devraient progresser en moyenne de 1,5 % par an entre 2026 et 2029, tandis que les revenus augmenteraient de 2,9 % par an, permettant une amélioration graduelle des finances publiques.
- Le gouvernement maintient également une réserve de stabilisation importante pour faire face aux incertitudes budgétaires : 2,0 milliards $ en 2025-2026 et 2026-2027, puis 1,5 milliard $ par année entre 2027-2028 et 2029-2030. Cette marge de manœuvre vise à absorber d’éventuels chocs économiques, dépenses imprévues ou perturbations commerciales.
- Une croissance plus faible qu’attendu au deuxième trimestre de 2025 a entraîné un ajustement à la baisse des hypothèses économiques. Le gouvernement prévoit maintenant une croissance du PIB réel de 0,9 % en 2025 et de 1,1 % en 2026.
- Ces hypothèses restent plausibles, mais paraissent légèrement optimistes. De notre côté, nous anticipons une croissance de 0,5 % en 2025 et 0,9 % en 2026, reflétant une incertitude commerciale persistante. À plus long terme, nous jugeons que les défis seront plus marqués, notamment en raison de la stagnation démographique.
- Les nouvelles mesures de dépenses demeurent modestes et ciblent principalement la stimulation de l’investissement, incluant 5,7 milliards $ de baisses d’impôts pour les entreprises d’ici 2029-2030. Parmi les principales initiatives figurent la réduction des taux de cotisation au RRQ et au RQAP (1,9 milliard $), la prolongation des mesures d’amortissement accéléré (2,7 milliards $) et l’annulation de la hausse prévue du taux d’inclusion des gains en capital pour s’harmoniser au fédéral (1,1 milliard $).
- Les réductions de taux du RRQ et du RQAP s’appliqueront aussi aux travailleurs, leur permettant d’économiser 1,8 milliard $ sur cinq ans, soit moins de 100 $ par travailleur annuellement.
- Les mesures ciblées d’allègement tarifaire restent limitées, totalisant 290 millions $ d’ici 2027-2028 pour soutenir les secteurs agricole, forestier et de la pêche.
- En suivant les traces du gouvernement fédéral, le Québec souhaite accélérer les investissements en réduisant les délais d’approbation des grands projets. Un projet de loi à venir visera à simplifier les processus, améliorer la prévisibilité et réduire les délais réglementaires.
- Le gouvernement réitère également son engagement envers les investissements en infrastructures, en augmentant de 11 milliards $ le plan décennal, qui totalise désormais 164 milliards $ entre 2025 et 2035 — conforme aux prévisions du budget 2025, en attendant une mise à jour l’an prochain.
Principales observations
Un virage aligné sur le fédéral, axé sur l’investissement. La mise à jour propose peu de nouvelles dépenses et concentre les ressources additionnelles sur des mesures visant à attirer l’investissement, notamment via des allègements fiscaux et la réduction des délais d’approbation. Cette stratégie reprend celle du budget fédéral, axée sur le renforcement du potentiel économique. Nous appuyons globalement cette orientation, tout en notant, comme au fédéral, un manque de précisions quant à l’impact réel attendu de ces mesures.
Les mesures de soutien à court terme mises de côté. Peu de mesures temporaires visant les ménages ont été annoncées — un choix notable compte tenu des vents contraires économiques et de l’élection de 2026. Les ajustements à l’impôt sur le revenu demeurent mineurs. L’indexation automatique est une pratique standard et n’indique pas un changement majeur d’orientation. Cette retenue reflète la situation budgétaire serrée de la province, la faiblesse des perspectives économiques et la nécessité d’une prudence accrue.
Un retour à l’équilibre en 2029-2030 qui paraît optimiste. Le gouvernement maintient son objectif d’équilibre en 2029-2030, mais cette cible repose sur une forte croissance des revenus et sur un « écart à combler » de 6 milliards $. Le scénario prévoit que la croissance économique supérieure, des transferts fédéraux additionnels, l’absence d’utilisation de la réserve de stabilisation et des gains d’efficacité au sein de l’État permettront de combler cet écart. Nous jugeons ces hypothèses ambitieuses. La croissance de la population devrait rester faible, limitant le potentiel de croissance des revenus, et les risques économiques liés au commerce et à la rareté de la main-d’œuvre s’orientent plutôt à la baisse.
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