Le chemin prudent du Québec vers l’équilibre se rétrécit : notre analyse du Budget du Québec 2026

Canadian Economics

By: Signal49 Research Economics Team

    

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Le déficit de la province pour l’exercice 2026‑2027 devrait s’établir à $6,3 milliards, en baisse par rapport aux $7,1 milliards prévus lors de la mise à jour économique de l’automne.

  • Le déficit devrait diminuer progressivement au cours des prochaines années et atteindre un surplus en 2029‑2030.
  • Cela inclut toutefois « les écarts à résorber » cumulatifs de $6,7 milliards avant d’atteindre le surplus, et la province espère éliminer cet écart une fois que l’incertitude économique se sera dissipée.
  • Le Québec a également annoncé plusieurs nouvelles initiatives dans le Budget 2026 avec près de $9,6 milliards de dépenses supplémentaires sur l’horizon de planification quinquennal (2026‑2027 à 2030‑2031), structurées autour de trois objectifs principaux.
  • Sous le premier objectif, le gouvernement investit $1,7 milliard sur cinq ans pour accélérer la transformation économique du Québec, y compris $700 millions pour l’innovation et la compétitivité, $580 millions pour soutenir les PME régionales (notamment en agroalimentaire, foresterie et tourisme) et $430 millions pour les secteurs des médias et de la culture. De plus, $2,0 milliards sont réservés pour protéger les sièges sociaux locaux et soutenir le développement des minéraux critiques.
  • Le Budget 2026 consacre près de $4,3 milliards à l’appui des services publics essentiels, avec un accent sur la santé ($2,2 milliards), l’éducation ($640 millions), l’enseignement supérieur et la formation ($400 millions) et la sécurité publique (plus de $1 milliard). Ces investissements visent à réduire les temps d’attente, améliorer les infrastructures scolaires et faciliter l’accès à la justice.
  • Sous le troisième objectif, le gouvernement a alloué $3,6 milliards de nouveaux fonds pour soutenir les Québécois et renforcer les communautés. Sur ce total, $2,4 milliards sont destinés à répondre aux pressions liées au cout de la vie, y compris le logement et la garde d’enfants, tandis qu’environ $1,0 milliard soutient la résilience communautaire et l’adaptation aux changements climatiques, et $220 millions favorisent le patrimoine culturel.
  • Comme d’autres provinces cette saison budgétaire, le Québec a inclus une réserve de contingence de $2,0 milliards pour chacun des deux prochains exercices dans son cadre financier, avec des réserves annuelles de $1,5 milliard prévus pour les quatre exercices suivants. La réserve est destinée à atténuer les effets d’une croissance économique inférieure aux prévisions durant cette période d’incertitude accrue.
  • Le gouvernement reste engagé à freiner la croissance des dépenses au cours des prochaines années pour atteindre un surplus en 2029‑2030. Les dépenses hors service de la dette devraient croitre en moyenne de 1,9 % par an sur les cinq prochaines années. Parallèlement, les revenus devraient augmenter de 3,2 % annuellement sur la même période.
  • Les dépenses en santé et services sociaux représenteront la majeure partie des hausses, avec une augmentation de 4,1 % en 2026‑2027 et de 2,2 % en 2027‑2028.

Principales observations

Le Budget 2026 prévoit une croissance économique modeste sur la période de prévision. Ces projections nous semblent réalistes. La province sera freinée par une incertitude économique élevée cette année et une population stagnante pour le reste de la décennie. La province anticipe une croissance réelle du PIB de 1,1 % en 2026 et de 1,4 % en 2027. Toutefois, nous percevons des risques à la baisse plus prononcés pour 2026. Les tensions commerciales avec les États-Unis restent une source majeure de préoccupation, avec des signes que la fatigue tarifaire pèse déjà sur l’activité économique. Les renégociations à venir de l’ALENA plus tard cette année pourraient raviver les menaces tarifaires, maintenant la confiance des consommateurs et des entreprises à un niveau affaibli. Parallèlement, le conflit en cours au Moyen-Orient accroit l’incertitude à l’échelle mondiale. Avec une inflation du logement et de l’alimentation toujours élevée, toute hausse prolongée du prix de l’essence pourrait exercer une pression accrue sur les dépenses des ménages.

La croissance annuelle moyenne des dépenses prévue, inférieure à 2,0 %, implique un haut degré de discipline budgétaire, qui pourrait être difficile à maintenir compte tenu des perspectives démographiques du Québec et des pressions sur le système de santé. Alors que la population totale devrait rester stable sur l’horizon budgétaire, selon nos estimations, la population âgée de 68 ans et plus devrait croitre d’environ 3,0 % par an, ajoutant plus de 300 000 personnes d’ici 2031 dans les cohortes les plus consommatrices de soins de santé. Comme la santé représente 40 % des dépenses de programmes et subit des pressions persistantes sur les couts— notamment en raison de leur forte intensité de main‑d’œuvre et d’une croissance des salaires supérieure à l’inflation—les dépenses devront probablement croitre de 5,0 % par an, comme au cours de la dernière décennie, simplement pour maintenir le système actuel. Dans ce contexte, la trajectoire des dépenses présentée dans le budget est optimiste, laissant présager des pressions à la hausse sur les dépenses et le déficit à moyen terme.

Le Québec continue d’avoir l’un des ratios dette nette/PIB les plus élevés parmi les provinces canadiennes, et ce ratio devrait augmenter légèrement au cours des prochaines années. Parallèlement, les pressions sur les services publics—en particulier la santé—associées à une assiette fiscale stagnante due à des cibles migratoires plus faibles présentent des défis importants pour le plan fiscal du gouvernement. Ces facteurs devraient peser sur la capacité du gouvernement à retrouver l’équilibre en 2029‑2030. Avec un ratio dette/PIB élevé, la capacité de la province à réagir à de futures crises pourrait également être limitée.

2026 Budget Analyses

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