Grandes ambitions et resserrement budgétaire : Notre analyse du budget du Québec 2025-2026

Canadian Economics

By: Signal49 Research Economics Team

    

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  • La province prévoit un déficit de 13,6 milliards de dollars pour l’exercice 2025-2026. De ce montant, environ 2,2 milliards de dollars seront versés au Fonds des générations, comme l’exige la Loi sur l’équilibre budgétaire.
  • Au cours des deux prochaines années, soit d’ici 2027-2028, le déficit devrait être ramené à 5,7 milliards de dollars.
  • Le budget 2025-2026 réaffirme l’engagement du gouvernement à freiner la croissance des dépenses dans les prochaines années afin d’afficher un surplus budgétaire d’ici 2029-2030. Toutefois, cette embellie budgétaire s’appuie sur un montant cumulatif de 6 milliards de dollars au titre d’un « écart à résorber pour atteindre l’équilibre budgétaire lié aux activités » qui n’est guère détaillé, ce qui porte ombrage à la situation budgétaire de la province.
  • Le ratio de la dette nette au PIB du Québec devrait atteindre 40,4 % au cours de l’exercice 2025-2026, tout juste derrière Terre-Neuve-et-Labrador. La situation ne devrait guère s’améliorer au cours des cinq prochaines années.
  • Entre 2024-2025 et 2026-2027, la dette provinciale totale devrait augmenter de 15,5 %, les coûts du service de la dette représentant alors 6,6 % des dépenses.
  • La province estime avoir enregistré un déficit de 10,4 milliards de dollars pour 2024-2025, soit 600 millions de dollars de moins que ce qu’elle avait prévu dans sa mise à jour budgétaire de l’automne. Cette amélioration s’explique principalement par des recettes plus élevées que prévu, résultat de dépenses de consommation vigoureuses.
  • Les prévisions de référence du Québec supposent que le Canada sera confronté à des droits de douane moyens de 10 % sur toutes les marchandises destinées aux États-Unis pendant une période de deux ans.
  • À l’instar des autres provinces, le Québec a inclus dans son cadre financier une provision pour éventualités de 2,0 milliards de dollars pour chacun des deux prochains exercices financiers, et des provisions annuelles de 1,5 milliard de dollars pour les trois années suivantes. Ces provisions visent à pallier les effets d’une croissance économique plus modérée que prévu en cette période d’incertitude accrue.
  • Les nouvelles dépenses viseront les secteurs de la santé et de l’éducation. Les dépenses en santé augmenteront de 3 % l’an prochain, contre 2,2 % en éducation. Ces taux sont nettement inférieurs à la moyenne des dix dernières années.
  • Ce budget cherche à contrer l’incertitude économique à venir en augmentant les dépenses destinées à soutenir les entreprises touchées par les droits de douane et à financer des projets d’infrastructure.
  • La province annonce une aide de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans aux entreprises touchées par les droits de douane, dont 803 millions de dollars pour l’exercice en cours.
  • Le Plan québécois des infrastructures 2025-2035 sera porté à 164 milliards de dollars sur une période de dix ans, soit une hausse de 11 milliards de dollars.
  • Les dépenses totales pour 2025-2026 augmenteront de 1,5 % par rapport à l’exercice précédent.
  • En revanche, les revenus ne connaîtront qu’une modeste croissance de 0,7 %, principalement en raison du ralentissement de l’activité économique.
  • Le gouvernement du Québec prévoit une croissance économique dans la province de 1,1 % en 2025, puis de 1,4 % en 2026. À l’aune de notre propre analyse, ces chiffres paraissent un peu trop optimistes.

Principales constatations

Avec son dernier budget, le Québec mise sur les leviers de sa politique budgétaire pour traverser cette période d’incertitude. Le gouvernement s’engage à stimuler l’économie pour contrer les lourdes répercussions des tarifs douaniers. En conséquence, le déficit cette année devrait atteindre un nouveau sommet, porté par l’augmentation des fonds alloués aux entreprises et l’accélération des projets d’infrastructure déjà prévus. Pour financer ces mesures, le gouvernement vise à réduire la croissance des dépenses dans les domaines de la santé et de l’éducation, tout en limitant au minimum les nouveaux programmes de dépenses.

Les droits de douane pourraient s’avérer moins dommageables que prévu, mais des industries phares du Québec sont toujours visées. Après avoir menacé dernièrement d’imposer des droits de douane globaux de 25 % sur tous les produits canadiens, ainsi que des droits de douane de 10 % sur l’énergie et la potasse, le gouvernement américain a adopté un modèle de droits réciproques. Selon cette approche, les marchandises en provenance du Canada et de tous les autres pays sont taxées d’un montant égal à la moyenne des droits de douane qu’ils appliquent aux produits américains. Cette évolution permet d’espérer que l’économie canadienne échappera au pire dans un scénario de guerre commerciale avec les États-Unis. Cependant, comme le président Trump a déjà ciblé le secteur québécois de l’aluminium et continue de menacer de tarifs douaniers le bois d’œuvre et les produits laitiers, les répercussions éventuelles sur l’économie du Québec demeurent préoccupantes. L’imposition de droits de douane importants à l’encontre de ces industries entraînerait sans doute une forte baisse de la production, provoquant des pertes d’emploi et une diminution des recettes du gouvernement du Québec, tout en augmentant la nécessité d’accroître le soutien gouvernemental, ce qui compliquerait encore davantage la situation budgétaire de la province.

Un contexte difficile, aggravé par l’incertitude. Le Québec, qui affiche l’un des ratios dette nette/PIB les plus élevés parmi les provinces, prévoit pour la prochaine année financière un déficit de 13,6 milliards de dollars, le plus important jamais enregistré. Le resserrement des cibles d’immigration et une population relativement âgée ne feront que compliquer les choses du fait que l’assiette fiscale du gouvernement sera réduite et que la pression sur le système de santé s’en trouvera augmentée pour le reste de la décennie. La province prévoit un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2030, bien qu’elle compte sur une forte croissance économique pour stimuler les bénéfices des entreprises et créer de nouveaux emplois, un scénario plus optimiste que nos propres prévisions.

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