Mise à jour économique du printemps 2026 – Le gouvernement s’en tient au plan
La mise à jour économique du printemps montre que le gouvernement fédéral redouble d’efforts pour concrétiser son plan de bâtir le pays, la majorité des mesures de politique étant axées sur la stimulation de l’investissement privé.
- Des revenus plus élevés que prévu ont été accompagnés de dépenses accrues, mais les projections de déficit à court terme ont tout de même été revues à la baisse.
- Les finances publiques demeurent relativement solides malgré l’ampleur des déficits, mais les garde-fous budgétaires continuent de s’affaiblir, les déficits devant dépasser 1,4 % du PIB au cours des six prochaines années.
- Près de $7 milliards alloués au renforcement des métiers spécialisés sont une bonne nouvelle, et un plan en matière de main‑d’œuvre à la hauteur des ambitions du plan de construction sera essentiel à son succès.
- D’autres mesures pour soutenir les ménages — notamment la suspension temporaire de la taxe sur le carburant, la prestation canadienne pour l’épicerie et les produits essentiels déjà annoncée, ainsi que la réduction du taux de cotisation au RPC — seront toutes bien accueillies par les ménages canadiens.
- Les détails entourant le nouveau fonds souverain demeurent limités, mais celui‑ci bénéficiera d’un financement initial de $25 milliards et vise à offrir aux grands projets une source de financement alternative.
- Dans l’ensemble, la mise à jour du printemps s’inscrit dans la continuité du budget déposé à l’automne, avec seulement des ajustements marginaux de politiques et un portrait du déficit légèrement amélioré. La mise à jour budgétaire, tout comme le budget de l’automne, sera ultimement jugée en fonction de l’atteinte de ses objectifs ambitieux.
La mise à jour budgétaire fédérale du printemps réaffirme l’engagement du gouvernement envers son ambitieux programme de croissance présenté dans le budget de l’automne dernier, tout en laissant transparaitre une faible volonté d’aller beaucoup plus loin. Alors que la saison des budgets provinciaux a entrainé une détérioration des projections budgétaires partout au pays, le gouvernement fédéral a réussi à améliorer légèrement sa position financière. En définitive, cette mise à jour et le budget de l’automne seront jugés sur leur capacité à générer une croissance durable à long terme, particulièrement compte tenu de la persistance de déficits projetés importants.
Le budget souligne à juste titre que la position financière du Canada demeure solide comparativement à celle de pays comparables, mais plusieurs de ces pays se trouvent eux‑mêmes dans des situations budgétaires précaires. Au Canada, des déficits soutenus mais en diminution graduelle et une baisse du ratio de la dette nette au PIB montrent certains signes de discipline budgétaire. Néanmoins, ces garde‑fous semblent plus relâchés que nous l’aurions souhaité.
Notre plus grande préoccupation dans les perspectives budgétaires globales demeure la persistance de déficits élevés. Le portrait des déficits à long terme est largement inchangé par rapport au budget de l’automne. La mise à jour du printemps ajoute une projection de déficit pour l’exercice 2030‑2031, toujours à un niveau élevé de $53,2 milliards (1,4 % du PIB). En conséquence, le ratio de la dette au PIB du Canada augmente, passant de 40,7 % en 2024‑2025 à 41,6 % en 2030‑2031. Avec six années consécutives de déficits projetés à 1,4 % du PIB ou plus, il faudra accorder une attention accrue à la réduction éventuelle des déficits. Comme noté dans le budget, selon des hypothèses de croissance économique à long terme de 3,5 % en moyenne après 2030 utilisées dans les perspectives de printemps, le ratio de la dette au PIB ne revient pas à ses niveaux d’avant la pandémie avant les années 2050.
La mise à jour du printemps présente également deux scénarios, tous deux jugés prudents. Dans le premier, les prix du pétrole demeurent élevés en raison du conflit au Moyen‑Orient qui durerait plus longtemps que prévu en mars. Aujourd’hui, ce scénario parait plus plausible qu’improbable. Étant donné le statut du Canada comme exportateur net d’énergie, l’impact global sur l’économie demeure relativement limité, les déficits fédéraux étant environ $3,5 milliards plus élevés sur une bonne partie de l’horizon de projection. Dans le second scénario, une incertitude mondiale accrue sur les marchés de l’énergie attire l’investissement vers le Canada, ce qui stimule à la fois le PIB et les perspectives budgétaires. Pris ensemble, ces scénarios montrent que même en période de volatilité soutenue des marchés de l’énergie, la position financière du Canada peut demeurer largement intacte — une conclusion avec laquelle nous sommes d’accord.
Dans l’ensemble, la plus récente mise à jour du printemps apparait comme une nouvelle étape d’un programme de politiques publiques plus vastes visant à bâtir le Canada, en mettant l’accent sur les enjeux de main‑d’œuvre et la création de nouveaux mécanismes pour orienter le capital vers l’investissement du secteur privé. Il est encourageant de constater que la trajectoire des déficits demeure largement inchangée, compte tenu des déficits importants annoncés dans le budget. Dans leur ensemble, les politiques présentées dans le budget et la mise à jour du printemps représentent un pari sur la croissance à long terme du Canada. Si ce pari réussit, les déficits en vaudront la peine. Dans le cas contraire, le Canada sera moins en mesure de mettre de l’avant sa position budgétaire dans les budgets futurs.
Redoubler d’efforts pour construire
Alors que le budget déposé à l’automne dernier mettait clairement l’accent sur la volonté du gouvernement fédéral de stimuler la construction, la mise à jour du printemps vient renforcer ces ambitions au moyen de quelques nouvelles mesures de politique visant à accompagner le pays sur cette voie.
Dans notre analyse du budget, nous avons souligné que les pénuries de main‑d’œuvre et de compétences demeurent un obstacle majeur à la réalisation des projets. La mise à jour du printemps a annoncé le programme Équipe Canada Forte, destiné à faciliter la formation de travailleurs spécialisés dans les métiers. La mise à jour elle‑même estime que le Canada aura besoin de 1,4 million de travailleurs supplémentaires d’ici 2033, alors que le programme vise à en ajouter seulement entre 80 000 et 100 000. Bien qu’il s’agisse d’un pas dans la bonne direction, cela demeure nettement insuffisant pour atteindre l’objectif ambitieux fixé. Les initiatives visant à former davantage de jeunes travailleurs et à créer de nouveaux parcours d’accès aux métiers — y compris la formation conjointe armée‑métiers — sont positives et contribuent à faire avancer le dossier, mais l’ambition en matière de main‑d’œuvre ne correspond pas encore à l’ampleur du plan d’investissement.
Dans l’ensemble, les divers programmes destinés à soutenir les travailleurs canadiens, en particulier les jeunes et les personnes entrant dans les métiers spécialisés, représentent un peu moins de $7 milliards au cours des six prochains exercices financiers.
Soutenir les Canadiens face à la volatilité des couts
L’autre grand volet de nouvelles dépenses mis de l’avant dans la mise à jour du printemps concerne une série de programmes visant à aider les ménages canadiens à composer avec des couts plus élevés et plus volatils découlant d’un contexte mondial fragmenté.
Le programme le plus important est la prestation canadienne pour l’épicerie et les produits essentiels, annoncée précédemment, qui constitue une bonification du remboursement de la TPS. Le cout de ce programme est estimé à près de $11,7 milliards au cours des six prochains exercices et il aidera les ménages à faible revenu.
Le gouvernement a également mis à jour ses perspectives à la suite de l’annonce de la suspension de la taxe sur le carburant de mai à septembre cette année. Le gouvernement fédéral estime que cette suspension coutera $2,4 milliards au cours de l’exercice en cours et permettra d’économiser 10 cents par litre d’essence pour les ménages jusqu’à la fête du Travail. Cette mesure aidera les ménages qui subissent la pression à la pompe et contribuera à atténuer l’inflation globale.
Enfin, la mise à jour du printemps réduit les cotisations au Régime de pensions du Canada (RPC), au motif que le régime est entièrement capitalisé. Cette modification devrait permettre à un travailleur gagnant 70 000 $ par année d’économiser en moyenne 133 $, avec des économies équivalentes pour l’employeur.
Dans l’ensemble, la mise à jour du printemps met davantage l’accent sur l’aide aux ménages afin qu’ils puissent mieux gérer l’incertitude persistante des couts depuis la pandémie. Ces mesures stimuleront naturellement une certaine croissance économique et seront bien accueillies, en particulier par les ménages à faible revenu. Bien que les mesures annoncées demeurent modestes par rapport à l’ensemble des dépenses prévues, elles s’inscrivent dans une tendance où les gouvernements interviennent pour soutenir les ménages lors de crises successives — une approche visible à tous les ordres de gouvernement et qui a contribué à l’augmentation de la dette publique au Canada.
Aider les Canadiens à accéder à la propriété
Depuis plusieurs années, les politiques gouvernementales visent à stimuler la construction résidentielle, et les mesures récentes ont probablement permis de faire légèrement avancer les choses. L’annonce récente de l’élimination de la TPS sur les nouvelles maisons pour les acheteurs d’une première propriété aidera les ménages à accéder à des constructions neuves et appuiera les constructeurs dans leur réalisation.
En plus de l’élimination de la TPS, les plus récents changements apportés aux frais d’aménagement en Ontario devraient améliorer la rentabilité des constructeurs et constituent une autre mesure positive à un moment où la croissance démographique du Canada ralentit. Cela pourrait aider le marché de l’habitation à se rééquilibrer et améliorer l’abordabilité pour les ménages plus largement.
Cependant, tout comme pour l’ambitieux plan d’investissement, les principaux défis auxquels le Canada fait face demeurent la capacité de construire des logements et les besoins en main‑d’œuvre nécessaires pour y parvenir. Bien que certaines politiques touchant les métiers spécialisés atténuent ces contraintes, sans un plan de main‑d’œuvre plus soutenu, la construction résidentielle au Canada risque de demeurer inférieure aux besoins, surtout à mesure que l’investissement privé non résidentiel augmente et accentue les pressions sur la capacité du secteur de la construction.
Un fonds souverain pour partager les couts et les retombées des grands projets
Une autre nouvelle mesure de politique publique est la création d’un fonds souverain visant à aider au financement de grands projets.
Les détails fournis dans la mise à jour du printemps sont limités, mais le fonds se veut un véhicule permettant aux Canadiens, et à leur gouvernement de contribuer au financement de projets d’investissement. Le fonds bénéficiera d’un capital de départ de $25 milliards fourni par le gouvernement fédéral sur une période de trois ans. Par la suite, les Canadiens pourront investir dans le fonds, lequel vise à offrir de solides rendements aux investisseurs, notamment par l’entremise d’un produit de placement destiné au grand public.
La plupart des fonds souverains traditionnels sont financés à partir de surplus budgétaires ou de revenus exceptionnels dédiés, alors que ce fonds semble plutôt s’apparenter à un autre produit obligataire gouvernemental axé spécifiquement sur les infrastructures. Étant donné l’objectif ultime d’attirer davantage d’investissements privés, le succès du fonds dépendra de l’intérêt des acteurs du marché privé pour les projets dans leur ensemble. Bien que le fonds puisse réduire les risques pour certains grands projets — en particulier ceux susceptibles d’être retardés par des processus d’approbation gouvernementaux —, pour atteindre son objectif de rendements au taux du marché, l’accent devra être mis sur des projets économiquement viables qui demeurent attrayants pour le secteur privé. Cela pourrait limiter l’adhésion à plus grande échelle.
Recentrer la politique canadienne sur les véhicules électriques et l’automobile
La nouvelle stratégie automobile a également occupé une place importante dans la mise à jour d’hier. Annoncée en février, la nouvelle politique sur les véhicules électriques (VE) vise à renforcer les perspectives du secteur automobile canadien, alors qu’il se trouve dans la ligne de mire de la politique commerciale américaine.
La politique prévoit l’attribution de $6,9 milliards sur six ans. De cette somme, $3 milliards sont consacrés au Fonds d’intervention stratégique afin d’aider le secteur automobile à s’adapter et à demeurer concurrentiel face à la politique commerciale américaine. De plus, le gouvernement reconnait que l’abondance d’énergie propre au Canada confère des avantages plus larges à la production de VE et a mis en œuvre le programme d’abordabilité des VE de $2,3 milliards pour rendre ces véhicules plus accessibles. À cela s’ajoute un investissement de $1,5 milliard pour le développement de l’infrastructure de recharge afin de soutenir l’adoption des VE.
Cette politique constitue une version recentrée des mesures antérieures visant à accroitre l’adoption des VE au Canada. Plutôt que de miser sur des obligations règlementaires, ces nouvelles politiques se concentrent sur la fabrication de véhicules électriques au Canada pour un marché canadien soutenu par des incitatifs. Compte tenu des prix élevés de l’essence et des facteurs susceptibles de continuer à accroitre la volatilité des marchés pétroliers à court et moyen terme, ces politiques intègrent à juste titre davantage les couts de transport dans le champ des politiques publiques et des achats canadiens, en s’appuyant sur une infrastructure électrique fiable et robuste.
Des politiques progressives qui respectent le plan
Dans l’ensemble, la mise à jour du printemps constitue une évolution positive pour le gouvernement fédéral, compte tenu de la réalité de déficits déjà importants annoncés. Le gouvernement est demeuré fidèle à son plan général présenté à l’automne, tout en utilisant les revenus excédentaires pour annoncer plusieurs nouvelles mesures. Les principaux secteurs ciblés comprennent la formation des compétences, la construction résidentielle, l’abordabilité et la politique climatique, notamment par de nouveaux incitatifs pour les VE et des mesures de conservation. Bien que les ambitions globales du gouvernement demeurent élevées, il est encourageant de constater l’existence d’un plan budgétaire fédéral qui fait davantage que simplement réviser à la baisse les prévisions antérieures.

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